SÉNARMONT, FRÉDÉRIC, EMMA
EMMA
J'accours vous dire (pie mon père Me quitte à l'instant mtMue et va chez son notaire;
Il veut de notre hymen serrer bientôt les nœuds , Et rapprocher le jour qu'appellent tous nos vœux : Remerciez-moi donc de ma bonne nouvelle.
FRÉDÉRIC
J'en suis heureux , Emma.
EUUA.
Quel ton !
SÉNARMONT, passant entre Emma et Frédéric.
Il se rappelle Que vous aviez naguère un peu d'ambition.
EMMA
Eh bien?
SÉxNARMONT.
Voyez son âge et sa position :
La ])lace qu'il obtient sans doute est honorable , Mais un ami lui tend une main secourable , Vers de plus hauts emplois il saura le guider. Et , jusqu'à ce moment , on pourrait retarder. . .
EMMA
Quoi ! notre mariage?
SÉ.\ARMOM.
Oui ! . . . vousjugez vous-même Quel sera son bonheur, quand de celle qu'il aime Environnés d'éclat les jours s'embelliront ! Les honneurs qu'il attend sur vous rejailliront : Vous devez l'approuver, et vous êtes trop sage Pour ne pas différer d'un an ce mariage.
EMMA
Qu'entends-je? Notre hymen le doit-il empêcher D'arriver aux honneurs (pi'il semble rechercher ? Ne partageons-nous pas les plaisirs et les peines ?
SÉNARMONT
Mais des devoirs nouveaux norts imposent des chaînes; Mille embarras divers viendront l'envelopper; Belle Emma , la fortune est prompte à s'échapper ; Il ne faut point d'entrave à (pii veut la surprendre; Un garçon court vers elle !. . . Un mari doit l'attendre. A peme votre époux voudrait-il vous quitter? Non ! Dans une province il faut donc végéter! Le doit-il ?
ËMUA
Frédéric, quel projet est le vôtre!' Naguère en ce pays, vivre heureux l'un par l'autre , Au sein de ma famille et près de nos amis ; Tel était votre espoir... Je vous l'avais peruiis. Ecartez loin de vous une idée importuue : J'ai besoiu de bonheur bien plus que de fortune, Kt , d'ailleurs, luon orgueil u'a rien A souhaiter, l/iui (poux Inspecteur je sais me c^ontenler.
L'IMPORTANT. -ACTE II
SÉXARMOM.
C'est fort bien ! cependant. . .
EMMA, à Frédéric.
Vous gardez le silence ?
Nevous affligez pas!.. .
EMMA
Que faut-il que je pense?
Expliquez donc vos vœux et votre intention.
FRÉDÉRIC
Chère Emma...
EMMA
Je comprends ! Tout à l'ambition, Votre cœur déloyal aujourd'hui me méprise.
FRÉDÉRIC
Jamais , et je prétends que nos nœuds...
EMMA
Je les brise !
A peine des honneurs a-t-il touché le seuil Que ma main est déjà trop peu pour son orgueil ! Vous , dont l'heureux crédit protégea le volage, Vous devez maintenant rougir de votre ouvrage ? Eh bien ! de vos bontés puisqu'il abuse ainsi , Il faut pour le punir me protéger aussi ; Qu'un sort brillant, enfm, me venge et l'humilie ! Monsieur, j'ai dix-sept ans, on me trouve jolie , Vous avez des amis riches , puissants , titrés , Prêts à faire pour vous tout ce que vous voudrez; 11 faut m'en donner un pour mari , tout de suite.
SÉNARMO>'T.
Comment?
E.\IMA.
Protégez-moi.
Vous allez un peu vite.
EMMA
Je ne vous gêne pas ! Un duc , un général , Un chevalier, un comte , un marquis , c'est égal ! La colère à mon tour me rend ambitieuse , Je prendrais un baron , tant je suis furieuse 1
SÉNARMOM.
C'est fort modeste !
FRÉDÉRIC
Emma, calmez ce grand courroux
EMMA
Vous voulez (|ue monsieur ne protéfie (pie vous ? A mon bynlieur aussi croyez (pi'il sinlére.sse.
SENARMONT.
On pourrait en effet. . .
EMUA.
Oui, je serai duchesse !
La fille de Dermon, bourgeois de ce pays , Est, depuis l'an dernier, la femme d'un marquis ; Vous le savez ?
SÉNARMONT
Sans doute.
EMMA
Elle était de mon âge.
Et moins belle que vous ! Ma foi , ce mariage M'a donné quelque mal , et j'ai craint un moment De ne pas réussir.
EMMA
Quoi ! c'est vous ?
SÉNARMONT
Eh ! vraiment !
Eût-on jamais , sans moi , terminé cette affaire ?
EMMA
Eh bien ! en ma faveur vous ne sauriez moins faire.
L'infidèle ! à mon tour je le mépriserai ,
Je ne le verrai plus I . . . Peut-être j'en mourrai !
Mais n'importe, du moins je me serai vengée ,
Et je l'aurai puni de m'avoir outragée !
Monsieur, de vos bontés j'attendrai les effets ,
Et je vais à mon père annoncer vos bienfaits.
c-c-c-£-C'£-c-t-<-©-o*-c-c^*©-«-E"*€-c<-*«-©*-rc-<'C-e*^«-c«-t*-t-p-t-t-©«-©r-r*-«^K-C"C<-c«.