SCÈNE III
BLASKOFF , BELSKI , BÉATRIX , esclaves.
BLASKOFF.
Allons, de sa présence il faut que je profile. Avance , juif maudit , et montre-moi l)ien vite Quelques bijoux.
BELSKI.
A toi!
BLASKOFF.
Sans doute ; pourquoi pas ?
J'ai pour ma part hier reçu quelques ducats. De Svetlana demain je veux parer les charmes.
BELSKI.
Laisse-moi.
BLASKOFF.
Quoi! pour nous tu n'as rien ?
BELSKI.
J'ai des armes.
BLASKOFF.
Des armes ! pourquoi faire ?
BELSKI.
On parle de complots ; On prétend que Belski, s'indignant du repos, A la tsarine encor va rapporter la guerre.
Ma foi , de leurs débats je ne m'occupe guère : Je suis né sur le sol où mes jours finiront , Et j'appartiens à ceux qui le posséderont.
BELSKI.
Mais autrefois Belski fut ton seigneur et maître .' On me lu dit au moins.
BLASKOFF.
lia cessé de l'être, Un autre me nourrit.
BELSKI, à part.
Misérable !
BÉATRIX
Écoutez :
JNous pourrons tous les deux , si vous y consentez , Faire un marché.
BLLSKI.
Je suis tout prêt à vous entendre.
BÉATRIX
Voyez ce bracelet : je désire le vendre. Quel prix en offrez-vous ?
BELSKI , à part, regardant le bracelet.
Que vois-je !
IIÉATRIX.
Oh ! c'est de l'or !
BELSKI.
Malheureuse , est-ce à toi qu'appartient ce trésor ?
BÉATRIX
Non , c'est à ma maîtresse.
BELSKI.
A cette jeune fille Qui vient de s'éloigner?
BÉATRIX
Oui... Voyez comme il brille.
BHLSKl, à part.
Je ne mabuse pas! Se pourrait-il! grand Dieu ! Mais par quel coup du sort serait-elle en ce lieu !
(llauL) Parle : ce bracelet , ta maîtresse le porte Depuis longtemps ?
BÉATRIX
Pourquoi?
BELSKI.
Réponds !
BÉATRIX
Que vous importe ?
BELsKl.
Je veux la voir.
BÉATRIX
Qui ? vous !
BELSKI.
Je veux l'entretenir.
BÉATRIX
Cette favetu...
BlilSKI.
Écoute ! il la faut obleiiir :
Son bonheur et sa vie en dépendent peut-être.
BÉATRIX
Qu"entends-je !
KELSKI.
ïu promets ?
BÉATRIX
Oui!
BLASKOFF.
Voici notre maître.
Juif, il faut séloigner ; allons, viens avec nous.
BDLSKI, àBéattix.
Silence !
BÉATRIX
Quel mystère !
BELSKI.
Adieu.
; Belski prend le bracelet, et donne une bourse à Béatrix.)
OBOLENSKI, BOSCARLS.
OBOLEJSSKI.
Retirez-vous.
(Tous sortent.) Est-il vrai, Boscaris? La tsarine...
BOSCARIS.
S'avance :
Je viens dans ton palais l'annoncer sa présence.
OBOLENSKI.
Pour voler à ses pieds , je pressais mon départ. Me pardonnera-t-elle un moment de retard ?
BOSCARIS.
Ne crains rien : elle sait qu'après un long voyage ,
Tu devais en ces lieux , placés sur ton passage ,
Offrir un sûr asile à la jeune beauté
Pour qui tu vas sans doute implorer sa bonté.
In iu^l'uit , il est vrai , j'ai craint que dans son âme
In senliiuent jaloux... elle règne... elle est femme !
JMais bier un message annonça ton retour :
Calme, elle m'a parlé de ce naïf amour
Qui conduisit Olga jusque dans son empire,
Et mes yeux sur sa bouche ont surpris un sourire.
0B01.OSKI , à part. Je trtmbic !
BOSCARIS.
Aujourd'hui même elle a voulu la voir.
Elle vient.
OBOLE?fSKI.
Boscaris, je cours la recevoir.
BOSCARIS.
Garde-toi de trahir le rang de la tsarine : Elle prétend , aux yeux de la jeune orpheline , Se montrer inconnue, et seuls quelques boïards Avec elle de Kioff ont quitté les remparts. Ses désirs sont des lois : songe qu'en ton domaine Tu reçois une amie et non ta souveraine : Telle est sa volonté.
OBOLE.XSKI.
Je saurai l'accomplir.
BOSCARIS.
Ton sort, heureux mortel, doit encor s'embellir! Est-il un but si haut qu'il soit inaccessible ? Non , pour toi désormais il n'est rien d'impossible ! De tes nombreux rivaux , de l'absence vainqueur , Quel bonheur est le tien !
OBOLENSKI, à part.
S'il lisait dans mon cœur.
BOSCARIS.
J'entends du bruit , on vient.
OBOLENSKI, à part.
C'est elle ! du courage !
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