‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 174 sur 560 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

STROGONOFF , OLGA , BELSKI , DOU- BROWSKI , BLASKOFF , boîards.

OLGA

A travers ces forêts où me conduisez- vous? Ces armes, ces soldats, ces visages terribles!... Je frémis !... A mes pleurs serez-vous insensibles? Oh ! ne me tuez pas ! ayez pitié de moi ! Je suis si jeune encor !

BELSKI.

Avancez sans effroi.

OLGA

Hélas ! à quels malheurs me dois-je encore attendre ? Et comment n'est-il pas ici pour me défendre?

BELSKI.

Vous n'avez rien à craindre , Olga ; répondez-nous.

OLGA

Hé bien ?

BELSKI.

Ce bracelet fut-il toujours à vous ?

OLGA

Toujours.

BELSKI.

En ce pays récemment arrivée , Aux champs italiens vous fûtes élevée ?

OLGA

Oui , sans doute ; à Florence.

BELSKI.

Et dès vos jeunes ans Vous demandiez en vain le nom de vos parents ?

OLGA

Il est vrai : j'ij^norai toujours mon origine ; Celle qui m'élevait me disait orpheline.

BELSKI.

Loin d'elle sur ces bords l'amour vous attira ?

OLGA

C'est ma première faute , et Dieu m'en punira I

BELSKI.

Non! Ce coupableamour, ([lie vous vaincrez sansdoute,

Jusqu'à vos défenseurs vous a frayé la route :

Dieu , qui vous protégeait , vous guida près de nous.

Boîards , imitez-moi , tombez à ses genoux !

OLGA

Que vois-je ! que font-ils ? et quel est ce langage ?

BELSKI.

Fille de Vassili , recevez notre hommage.

OLGA

Qui? moi !... Je suis Olga !

BELSKI.

Ne vous souvient-il pas Que jadis un guerrier , vous prenant dans ses bras , Au milieu des forêts vous emporta tremblante?

OLGA

Oui; sa voix m'effraya, sa main était sanglante : Je m'en souviens.

BELSKI.

Douze ans depuis ce jour fatal Ont passé sur son front , et , loin du sol natal , Proscrit, il supporta l'exil et l'indigence. En préparant pour vous l'heure de la vengeance ! Il vous avait remise en de fidèles mains : Un marchand étranger vers des pays lointains Vous conduisit ; et là , dans un obscur asile , Grâce à lui vous viviez inconnue et tranquille. 11 savait en quels lieux il pourrait vous trouver. Le reste des trésors qu'il avait pu sauver Pour\ ut à vos besoins ; et lui , sur ce rivage , Éjiiait le moment d'achever son ouvrage.

OLGA

Hé bien?

BELSKI.

C'est moi ! . . . Le ciel vous offre à mes regards Quand, s'unissantà moi, de fidèles boîards Vont de l'indigne Hélène attaquer la puissance ! Reprends , fille des tsars , les droits de ta naissance ! Olga n'est plus ! Sophie est tsarine ! Guerriers , Nous lui ferons un trône avec nos boucliers.

OLGA

Comment ! il se pourrait ? moi , je serais tsarine ! t')h! ne vous jouez pas de la pauvre orpheline ! La surprise où me jette un si brillant destin Enchaîne encor la joie en mon cœur incertain ! Mon front serait un jour paré d'une couronne !

BELSKI.

Elle est à vous, Sophie!

OLGA, à part.

FI aura donc un trône I

BELSKI.

Régnez , et vengez-nous !

OLGA

Vous ne me trompez pas ?

Moi , j'aurais des sujets ! je verrais sur mes pas Tout un peuple accourant pour me montrer ses larmes, A mes soins protecteurs confier ses alarmes ! Du bonheur des humams moi je disposerais !

BELSKI.

Oui , tout respectera vos suprêmes arrêts ; Et , subissant enfin vos rigueurs légitimes , Bientôt vos oppresseurs deviendront vos victimes : Vous pourrez les punir.

OLGA

Punir !... que dites-vous ?

DOUBROWSKI.

De nos malheurs passés vous nous vengerez tous.

OLGA

Vous n'aurez point conçu de vaines espérances : Je saurai compatir à toutes les souffrances... Je veux auprès de moi ne voir que des heureux , Et pour vous consoler bientôt nous serons deux.

BELSKI , à part.

Que dit-elle ?

STROGONOFF

Marchons ! que notre œuvre s'achève!

De la vengeance , amis , pour nous le jour se lève , Et nous pourrons enfin , après tant de malheurs , A nos rivaux tremblants renvoyer nos douleurs. Qu'Hélène et les boîards de ses fureurs complices , Dans l'exil à leur tour...

DODBROWSKI.

Point d'exil ! des supplices !

Sous le knout des bourreaux qu'ils meurent lenteflïènt ! J'ai juré leur trépas, je tiendrai mon serment!

OLGA, à part.

STROGONOFF

Aux étrangers dont s'environne Hélène , Boîards , quels châtiments impose votre haine ?

BELSKI.

Ils iront tous peupler nos mines , et leurs yeux Ne se rouvriront plus à la clarté des cieux.

UN BOÏARD.

Wolkonski m'offensa , je demande sa tète.

BELSKI.

Ses esclaves , ses biens deviendront ta conquête : Il te sera livré.

OLGA

J'écoute en frémissant !

Vous parlez tous ici de vengeance et de sang ; De meurtres, de bourreaux votre espoir m'environne ! Est-ce là le bonheur qui siège auprès du trône ?

BELSKI.

Eh quoi ! depuis douze ans dépouillés et proscrits , JNous ne punirions pas les lâches favoris Dont l'insolente audace , usurpant nos domaines , Aux fils des vieux boïards voulut donner des chaînes ! Ma vengeance est mon droit , elle est votre devoir ; Je viens, pour l'accomplir, vous livrer le pouvoir.

DOUBROWSKI.

Elle est juste ; il faudra, Belski, que tu l'obtiennes.

OLGA

Votre nom est Belski ? ces terres?

BELSKI.

Sont les miennes !

OLGA , à part.

Ciel!

BELSKI.

On me les ravit alors que dans mes bras Jadis je vous sauvai des fers ou du trépas ; Quand , de votre infortune embrassant la défense . Je fis loin des périls élever votre enfance. Un jeune favori devint mon héritier , Moi vivant.

STROGONOFF

Sous nos coups qu'il tombe le premier !

DOUBROWSKI.

C'est lui surtout , c'est lui que proscrit notre haine.

STROGONOFF

C'est le plus insolent des favoris d'Hélène !

OLGA

Qu'ai-je entendu ? Boïards, abjurez ce courroux : Ne le proscrivez pas ?

STROGONOFF

D'où le connaissez-vous ?

Oui, contre Obolenski la fureur vous transporte, C'est lui qu'on veut frapper.

STROGONOFF

Eh bien ! que vous importe ?

OLGA

Ciel ! que m'importe à moi ! qui , fière de nos nœuds, Sacrifierais ma \ ie au moindre de ses vœux ! A moi , qui , dans l'espoir de ceindre un diadème , N'ai \ u que le bonheur d'en parer ce que j'aime •

BELSKI.

Malheureuse! et c'est vous qui défendez ses jours?

Je n'y voulais pas croire à ces honteux amours I

Il est donc vrai, Sophie, un nœud coupable enchaîne

L'héritière des tsars au favori d'Hélène ;

Vous avez tout quitté pour le suivre en ces lieux.

Mais l'instant est venu d'ouvrir enfin les yeux :

Fille de Vassili , ton amour est un crime !

Le lâche suborneur na vu dans sa victime

Qu'un enfant sans appui , sans naissance et sans nom ,

Dont l'avenir était l'opprobre et l'ahandon !

Oui, c'est là le destin qu'il gardait à tes charmes.

Eh bien ! pour te venger quand nousprenons les armes,

A nos ressentiments ton courroux doit s'unir,

Car c'est ton séducteur que nous voulons punir.

OLGA

Lui , tromper son Olga ! Belski , je vous pardonne ? Que Dieu me frappe avant que mon cœur le soupçonne ! Et quoi ! dans l'instant même où mon sort va changer, Je l'abandonnerais à qui veut l'égorger ! Moi , je pourrais souscrire à cet arrêt infâmel

BELSKI.

Il le faut.

DOUBROWSKI.

C'est assez écouter une femme.

Des amours d'un enfant pourquoi nous occuper ? Renversons nos rivaux , nous pourrons les frapper.

OLGA , à part.

Les barbares ! Près d'eux tout mon cœur se soulève !

BELSKI.

Silence , écoutez tous.. . Un bruit lointain s'élève ; Du côté du château vous entendez'des cris : C'est Fédor !

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