‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 198 sur 560 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Le Duc de NOTTINGHAM , entrant par le fond ; LA DUCHESSE.

NOTTINGHAM

Eh quoi ! seule en ce lieu !

Lorsque nous luit à peine un rayon de l'aurore , Pourquoi veiller ainsi , quand tout sommeille encore, Chère Sara?

LA DUCHESSE

Mylord, votre absence...

NOTTINGHAM

Comment !

Ici de mon retour attendre le moment I Risquer , malgré mon ordre , une santé si chère !... . C'est bien mal !... Je devrais me montrer plus sévère, Et te gronder , Sara !

LA duchesse.

Pardonnez !...

NOTTINGHAM

Que dis-tu ? Mais lu souffres !... Oh , oui ! ton visage abattu Trahit depuis longtemps une secrète peine. L'amour de ton époux, l'aniilié de la reine, S'empressent à l'envi pour embellir tes jours ? Quel chagrin inconnu peut en troubler le cours ! Formes-tu quelques vn-ux que je n'y satisfasse? Ai-je pu t'aflliger ?... accorde-moi ma grâce; .le la vais implorer !

LA duchesse.

Mylord, que faites-vous.' Etais-je donc, ô ciel ! digne d'un tel époux?

NOTTINGHAM

Qu'enlends-je !... Ah! c'est à moi de bénir la journée Où devant Dieu , Sara , ta main me fut donnée ' Tu ne vis point mon âge , et tu vis mon amour. Pour changer mon destin il a suffi d'un jour : Chère épouse , en ces lieux le bonheur t'a suivie , Il me .semble avec toi recommencer ma vie !

LA duchesse.

Le bonheur !... oui , mon c(rur vou.^ le devait !

NOTTINGHAM

Eh bien !

Que peut-il y manquer si je suis sûr du tien? Quel chagrin ne fuirait à l'aspect de tes charmes ! Et pourtout je suis prêt à répandre des larmes !

LA duchesse.

Des larmes ! Qu'avez-vous , mylord ?

NOTTINGHAM

Tu ne sais pas Quel devoir , cette nuit , a retenu mes pas ? La reine a rassemblé le parlement.

LA DUCHESSE

NOTTINGHAM

De la fierté d'Essex Elisabeth se venge ; Elle nous a prescrit de décider son sort , De prononcer l'arrêt !

LA DUCHESSE

Et... quel est-il?

NOTTINGHAM

La mort !

LA DUCHESSE

Ah!

NOTTINGHAM

Tu le plains ?... et moi , son ami le plus tendre , Moi, qui .seul élevai la voix piuir le défendre. Moi, qui l'ai vu jadis combattre à mes côtés , 1 Et qui , durant le cours de ses prospérités, { Lui prodiguant l'appui de mon expérience , I Entourais de conseils sa jeune imprévoyance . '' Juge de ma douleur!

I LA DUCHESSE

La mort !

j N«vrT!>(;n\M.

I La loi parlait ;

, Les preuves, les téuioius . hélas! tout l'accablaii |

ELISABETH D'ANGLETERRE. -ACTE H

De ma vieille arailié que pouvait l'assistance ? Mais je dois à la reiue apporter la sentence ; Il faut que de son seing l'arrêt soit revêtu, rsoiis pouvons espérer.,. Dans son cœur combattu L'amour dispute encore Essex à la vengeance ; Il lui va , comme moi , conseiller l'indulgence ; Nous le verrons heureux.

LA DL'CHESSE.

Ah ! sans doute... L'amonr !...

NOTTINGHAM

Un amant n'est jamais condamné sans retour : Elle pardonnera.

LA DUCHKSSK.

Vous croyez donc qu'il l'aime ;'

NOTTINGHAM

Il est ambitieux... L'éclat d'un diadème , Cet orgueilleux espoir de revoir à ses pieds Ses rivaux prosternant leurs fronts humiliés . Tout va le ramener aux genoux de la reine , Et, soumis, il viendra redemander sa chaîne. Au faîte des honneurs bientôt tu le verras. Crois-moi, séchons nos pleurs.

LA DUCHESSE , se levant.

Moi!... je ne pleure pas.

NOTTINGIIAM.

Oui , d'Essex triomphant la nouvelle fortune Dissipera bientôt une image importune.

Heureux par mon amour , heureux par l'amitié, Que je bénis mon sort !

LA DUCHESSE, à part.

Sera-t-il sans pitié ?

^OTTI^iG^AM.

En cessant de t'aimer , je cesserais de vivre !

Tu ne peux soupçonner quel doux plaisir m'enivre

Lorsqu'en silence et seul j'admire tes appas.

Hier, je te contemplais ; tu ne me voyais pas;

Tu paraissais ici travailler avec joie ;

Ta mam faisait courir l'or à travers la soie...

LA DUCHESSE

Vous étiez là?...

XOTTINGHAM.

Pardonne !... Invisible témoin, Je n'osais approcher : j'ai reconnu de loin Une écharpe azurfie oii , sous ta main agile . L'or fixait l'éméraude et la perle fragile... Ce travail , qu'a surpris mon regard indiscret , Pour Ion époux peut-être il était un .secret?

LA DUCHESSE

Qn« dites-', ous , mylord ? Votre cn-ur inesouprunne?

KOTTINGHAM.

Te .soupçonner!... De quoi?

LA DUCHESSE, à part.

Je m'égare !

NOTTINGHAM

Pardonne !

Ce secret t'appartient. J'eus l'air de t'épier : C'est un tort; je m'accuse , et je veux l'expier. Tu l'oublîras ?... Vers moi ton œil se lève à peine... Pourquoi , Sara ? Réponds !

LA DUCHESSE, à parL

J'ai besoin de sa haine.

(Haut.) Laissez-moi.

NOTTINGHAM

Tu pâlis et tu parais souffrir !

LA DUCHESSE

Oui , je souffre d'un mal qui me fera mourir !

NOTTINGHAM

Quel langage!...

LA DUCHESSE , revenant à elle.

Ah i pardon. La fièvre me dévore !

NOTTINGHAM

Du secours ! du secours !

(Des femmes entrent et s'empressent autour de la duchesse.) LA DUCHESSE.

Quoi ! VOUS m'aimez encore ?

NOTTINGHAM

En pourrais-tu douter?... J'espère qu'à mes soins Tes maux céderont !

LA DUCHESSE

Oui ! . . Déjà je souffre moins.

Vous daignez excuser un instant de délire!...

N0TTINGH.4M.

As-tuquelques chagrins? Pourquoi ne pas m'instruire.? Parle ! En les partageant je les puis alléger.

LA DUCHESSE

(A part.) Je n'en ai pas ! — Mourons du moins sans l'affliger.

UN DOMESTIQUE , entrant.

Mylord!...

NOTTINGHAM

Que me veut-on?

LE DOMESTIQUE

L n huissier de la reine Dentande à vous parler en son nom.

NOTTINGHAM

Qu'on l'amène.

( A la (lue liesse.^

Chère Sara!...

ELISABETH D ANGLETERRE. -ACTE IL

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