‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 223 sur 560 · BERTRAND, CHARLOTTE, ARTHUR, LA COMTESSE, LA BARONNE · texte numérisé non relu

BERTRAND, CHARLOTTE, ARTHUR, LA COMTESSE, LA BARONNE

ARTHUR , à part.

La baronne est encore là ! {Haut.) Ma mère, je vous présente un ancien catnarade , et mademoiselle su fille, à qui mon imprudence a failli être si funeste. Il y a déjà longtemps que je désirais vous faire faire sa connaissance ; mais elle sort aujourd'hui pour la première fois.

LA COMTESSE

Bonjour , mon enfant ; commencez-vous à a ous rétablir?

Oui , madame ; je vais bien.

ARTHUR

Asseyez-vous donc , mademoiselle.

LA BARONNE, à part.

Ç)m d'empressement !

LA COMTESSE

Je suis charmée qu'enfin vous soyez mieux.

BIÎRTRAND.

Bah! la voilà maintenant meilleure que neuve, ^^ràce aux soins du commandant.

ARTHUR

Ma mère , voici une vieille moustache à (lui je dois la vie : c'est le brave Bertrand ; il a reçu certain éclat d'obus qui devait m'appartenir.

LA lURONNE.

Gela fait mal un éclat d'obus ?

ARTHUR

Gela tue assez souvent.

C'est très-beau , monsieur Bertrand.

BERTRAND

Ma toi, madame, vous en auriez fait autant à ma place ; un obus tombe dans la batterie aux pieds du connnandant; je me dis : Si le commandant est tué , qui est-ce qui commandera la batterie ? au lieu que , si je suis tué , il y a d'autres pointeurs. Là-dessus, je me jette sur le commandant, et je le serre conmie une nouvelle mariée.

ARTHUR

Et vous avez eu une cuisse cassée.

BERTRAND

Bah !.. on l'a raccommodée , et elle va à peu près.

LA COMTESSE

Vous n'avez qu'une fille , monsieur Bertranii.

BERTRAND

C'est tout mon bien.

ARTHUR

Ma mère , vous ne vous attendez pas à la surprise que mademoiselle vous a préparée : c'est un voile (lu'elle a brodé pour vous.

BERTRAND

Elle y travaillait sur son lit ; je lui disais quelquefois : Charlotte, tu vas te faire du mal! elle répondait : C'est égal! c'est pour la mère de monsieur Arthur.

CHARLOTTE, présentant le voile.

Si madame veut bien l'accepter ?...

C'est vraiment très-bien!... {À la baronue. ) Regardez donc?

LA BARONNE

C'est charmant:... mais il a fallu bien du temps pour faire cette broderie.

ARTHUR

Vous vous serez fatiguée ?

CUARLOTTE.

Konl <;a m'occupait et m'empêchait ilavoir du chagrin quand j'étais seule.

LA BARONNK.

Du chagrin!... lorsque M. Arthur n'était pas là peut-être ?

CHARLOTTE

Oui; car il était si gai quand il me voyait, que j'étais triste quand je ne le voyais pas.

LA BARONNE

Ahl...

LA COMTESSIî , présentant un portefeuille. Tenez , ma chère amie , je vous prie d'accepter ce souvenir.

CHARLOTTE

Madame est bien Ijonnel... Oh ! comme c'est joli !... Ah !... madame... non !... je ne puis le prendre.

Qu'avez-vous?

LA COMTESSE

Gardez-le, ma chère, gardez-le.

CHARLOTTE

Non, madame, je n'en veux pas.

ARTHUR

Vous pleurez !... Qu'y a-t-il donc ?

CHARLOTTE

Regardez , monsieur Arthur, regardez plutôt !

ARTHUR

De l'argent!... ma mère, qu'avez-vous fait?

LA COMTESSE

Mon enfant, il ne faut pas que cela vous aftlige ; je ne sais trop si j'aurais rencontré votre goftt en vous faisant un cadeau , et c'était...

BERTRAND

Elle est équipée au complet, madame; elle na besoin de rien.

LA COMTESSE

Je \o\is en prie.

CHARLOTTE

Non, madame, non!... { Elle vie les billels du portefeuille , et les rend à la comtesse. ) Voulez-voiix seulement que je garde ce petit portefeuille, tel qu'il est à présent?

Mais c'est de l'enfantillage.

LA BARONNE

Non ; ce sont des sentiments liéroïqnes ! . . . Monsieur Arthur, votre protégée est fort jolie!... Il faut que je vous quitte; adieu.

LA COMTESSE

A tantôt!... Eh bien! Arthur, n'offrez-vous pas la main à la baronne ?

ARTHUR

Ah ! je vous demande mille pardons.

LA BARONNE . riant.

Non , non ! ... je me reprocherais de vous déranger ; je ne veux pas absolument : restez.

( Elle sort. ) BERTRAND.

Charlotte , mon enfant , il se fait tard , salue madame j et en marche avant que le brouillard tombe.

ARTHUR

Ma voiture va vous conduire , et si vous le permettez, je vous accompagnerai; j'ai une visite à faire dans votre quartier.

LA COMTESSE

Arthur, je voudrais vous parler.

]\Ion Dieu , monsieur Arthur , nous irons bien à pied , je suis forte à présent.

BERTRAND

Vrai , mon commandant , c'est inutile une voiture ; ça lui donnerait de mauvaises habitudes, voyez-vous ! et d'ailleurs, si elle est lasse, les Omnibus sont là !... Monsieur et madame, je vous salue.

ARTHUR

Au moins , je vais vous donner la main jusqu'au bas de l'escalier.

CHARLOTTE

Votre maman veut vous parler.

ARTHUR, à la comtesse.

Je reviens à l'instant.

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