BERTRAND, CHARLOTTE, ARTHUR, LA COMTESSE, LA BARONNE
ARTHUR , à part.
La baronne est encore là ! {Haut.) Ma mère, je vous présente un ancien catnarade , et mademoiselle su fille, à qui mon imprudence a failli être si funeste. Il y a déjà longtemps que je désirais vous faire faire sa connaissance ; mais elle sort aujourd'hui pour la première fois.
LA COMTESSE
Bonjour , mon enfant ; commencez-vous à a ous rétablir?
Oui , madame ; je vais bien.
ARTHUR
Asseyez-vous donc , mademoiselle.
LA BARONNE, à part.
Ç)m d'empressement !
LA COMTESSE
Je suis charmée qu'enfin vous soyez mieux.
BIÎRTRAND.
Bah! la voilà maintenant meilleure que neuve, ^^ràce aux soins du commandant.
ARTHUR
Ma mère , voici une vieille moustache à (lui je dois la vie : c'est le brave Bertrand ; il a reçu certain éclat d'obus qui devait m'appartenir.
LA lURONNE.
Gela fait mal un éclat d'obus ?
ARTHUR
Gela tue assez souvent.
C'est très-beau , monsieur Bertrand.
BERTRAND
Ma toi, madame, vous en auriez fait autant à ma place ; un obus tombe dans la batterie aux pieds du connnandant; je me dis : Si le commandant est tué , qui est-ce qui commandera la batterie ? au lieu que , si je suis tué , il y a d'autres pointeurs. Là-dessus, je me jette sur le commandant, et je le serre conmie une nouvelle mariée.
ARTHUR
Et vous avez eu une cuisse cassée.
BERTRAND
Bah !.. on l'a raccommodée , et elle va à peu près.
LA COMTESSE
Vous n'avez qu'une fille , monsieur Bertranii.
BERTRAND
C'est tout mon bien.
ARTHUR
Ma mère , vous ne vous attendez pas à la surprise que mademoiselle vous a préparée : c'est un voile (lu'elle a brodé pour vous.
BERTRAND
Elle y travaillait sur son lit ; je lui disais quelquefois : Charlotte, tu vas te faire du mal! elle répondait : C'est égal! c'est pour la mère de monsieur Arthur.
CHARLOTTE, présentant le voile.
Si madame veut bien l'accepter ?...
C'est vraiment très-bien!... {À la baronue. ) Regardez donc?
LA BARONNE
C'est charmant:... mais il a fallu bien du temps pour faire cette broderie.
ARTHUR
Vous vous serez fatiguée ?
CUARLOTTE.
Konl <;a m'occupait et m'empêchait ilavoir du chagrin quand j'étais seule.
LA BARONNK.
Du chagrin!... lorsque M. Arthur n'était pas là peut-être ?
CHARLOTTE
Oui; car il était si gai quand il me voyait, que j'étais triste quand je ne le voyais pas.
LA BARONNE
Ahl...
LA COMTESSIî , présentant un portefeuille. Tenez , ma chère amie , je vous prie d'accepter ce souvenir.
CHARLOTTE
Madame est bien Ijonnel... Oh ! comme c'est joli !... Ah !... madame... non !... je ne puis le prendre.
Qu'avez-vous?
LA COMTESSE
Gardez-le, ma chère, gardez-le.
CHARLOTTE
Non, madame, je n'en veux pas.
ARTHUR
Vous pleurez !... Qu'y a-t-il donc ?
CHARLOTTE
Regardez , monsieur Arthur, regardez plutôt !
ARTHUR
De l'argent!... ma mère, qu'avez-vous fait?
LA COMTESSE
Mon enfant, il ne faut pas que cela vous aftlige ; je ne sais trop si j'aurais rencontré votre goftt en vous faisant un cadeau , et c'était...
BERTRAND
Elle est équipée au complet, madame; elle na besoin de rien.
LA COMTESSE
Je \o\is en prie.
CHARLOTTE
Non, madame, non!... { Elle vie les billels du portefeuille , et les rend à la comtesse. ) Voulez-voiix seulement que je garde ce petit portefeuille, tel qu'il est à présent?
Mais c'est de l'enfantillage.
LA BARONNE
Non ; ce sont des sentiments liéroïqnes ! . . . Monsieur Arthur, votre protégée est fort jolie!... Il faut que je vous quitte; adieu.
LA COMTESSE
A tantôt!... Eh bien! Arthur, n'offrez-vous pas la main à la baronne ?
ARTHUR
Ah ! je vous demande mille pardons.
LA BARONNE . riant.
Non , non ! ... je me reprocherais de vous déranger ; je ne veux pas absolument : restez.
( Elle sort. ) BERTRAND.
Charlotte , mon enfant , il se fait tard , salue madame j et en marche avant que le brouillard tombe.
ARTHUR
Ma voiture va vous conduire , et si vous le permettez, je vous accompagnerai; j'ai une visite à faire dans votre quartier.
LA COMTESSE
Arthur, je voudrais vous parler.
]\Ion Dieu , monsieur Arthur , nous irons bien à pied , je suis forte à présent.
BERTRAND
Vrai , mon commandant , c'est inutile une voiture ; ça lui donnerait de mauvaises habitudes, voyez-vous ! et d'ailleurs, si elle est lasse, les Omnibus sont là !... Monsieur et madame, je vous salue.
ARTHUR
Au moins , je vais vous donner la main jusqu'au bas de l'escalier.
CHARLOTTE
Votre maman veut vous parler.
ARTHUR, à la comtesse.
Je reviens à l'instant.