‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 228 sur 560 · F'IERRE · texte numérisé non relu

F'IERRE

Pardon, excuse... J'ai eu tort; mais il m'arrive toujours comme ça des accidents cpii fâchent mes pro- |

tecteurs. Ce n'est pas ma faute , je suis né malheureux , qu'on ne peut pas s'en faire une idée.

LA COMTESSE

Que vouliez-vous ?

LA BARONNE

La protection du comt2 Arthur ; mais , dans cette occasion , la mienne la vaudra bien. C'est le prétendu de Charlotte Bertrand.

LA COMTESSE

Le prétendu de Charlotte !

PIERRE

Quand je dis le prétendu, c'est-à-dire"que j'avais la prétention de l'être il y a six mois. Le père Bertrand est mon parrain ; mais il y a du nouveau , et ça n'est pas du beau.

Quoi! vous savez...

PIERRE

Je sais... je sais que je suis si enguignonné que j'ai été le plus mal chanceux de l'arrondissement ; j'ai amené le numéro un , je ne l'ai pas manqué ! C'estil avoir du malheur? moi , à qui il ne sort jamais un numéro à la loterie , du premier coup j'attrape celui-ci,

LA BARONNE

Mais si ce n'était que cela ?

PIERRE

C'est bien assez , j'espère ! Un conscrit ! le beau parti que ça fait!... Comme disait le père Bertrand, si j'étais seulement sergent?... mais d'ici là laisser sa prétendue à Paris , moi encore qui suis né sous une mauvaise étoile !

LA BARONNE

Le pauvre garçon !

PIERRE

On n'a jamais vu un guignon pareil au mien ! Si je mets un habit neuf, je suis sfir d'y faire une tache le premier jour ; et . tenez, je n'ai pas eu plus tôt appris l'état de boulanger, qu'on s'est mis à faire le pain à la mécanique.

r.A BARONNE.

En vérité ?

PIERRE

Et ne voilà-t-i! pas une suite de mon malheur? l'accident de cette pauvre Charlotte , juste le jour où j'étais parti pour aller au pays, et partie pied!... Cent (juarante-trois lieues pour cherclier ce numérolà ! c'était bien la peine de me déranger. Enfin , le

père Bertrand m'a dit que M. le comte d'Aii,'lemont a des bontés pour la famille, et je venais le prier... Mais , bail ! il est sorti,

LA COMTKSSE.

Consolez-vous , tout n'est pas perdu ; vous pouvez encore épouser Charlotte.

PIERRE

Ça serait il possible? Je crois que J'en deviendrai iou ; je l'aime tant !

LA BARONNE

Et vous aime-t elle?

PIERRE

Dam ! on n'est jamais bien sûr de ces choses-là ; mais c'est une brave fille, et une fois son mari...

LA COMTESSE

Eh bien ! je veux vous acheter un remplaçant ; et vous aider ensuite à vous mettre en ménage.

PIERRE

Oh ! vrai , madame ; ne vous riez pas de moi ! Je me sens tout bouleversé par ce que vous venez de me dire.

Croyez-moi, Pierre; je vous le répète, je veux vous marier à Charlotte.

PIERRE

Oh ! pour le coup , me voilà déguignonné.

LA COMTESSE

Mais il faut que le mariage se fasse promptement.

PIERRE

Comment donc ! tout de suite ; tout de suite.

LA COMTESSE

Il faut commencer par chercher un remplaçant ; je me charge de payer.

PIERRE

Ça ne sera pas difficile : (prest-oe ([u'on ne trouve pas à Paris avec de l'argent ? et des hommes , des hommes... il y en a atout prix.

LA BARONNE

Oui , les plus chers sont seulement plus adroils (pie ceux qui les achètent.

PIERRE

Oh ! je marchanderai , comme si les écus sortaient de ma poche.

UN DOMESTIQUE

Mademoiselle Charlotte Bertrand.

PÎEl\RE.

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