‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 239 sur 560 · CHARLOTTE, LE COMTE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, LE COMTE

Qu'avez-vous , Charlotte ?

CHARLOTTE

Je n'ai rien. C'est ce pauvre garçon qui s'en va bien triste : il dira que je suis fière , et c'est notre parent , après tout.

LE COMTE

J'ai fait ce que j'ai pu pour le retenir . quand j'ai su qui il était ; mais j'attends du monde aujourd'hui , et vos parents...

CHARLOTTE

C'est toujours quand vous revenez de Paris que vous parlez de mes parents , parce que vous avez vu le grand monde. Dans les premiers mois de notre mariage , vous restiez avec moi ; et vous n'en parliez pas.

LE COMTE

Pardon, ma chère amie!... Mais vous devez comprendre...

CHARLOTTE

Pourquoi me dire vous? Est-ce que >ous ne m'aimez plus ?

LE COMTE

Je t'aimerai toujours.

CHARLOTTE

Ah! ces paroles me font bien du l)ien.

LE COMTE

Ne dis donc pas bien du bien : est-ce qu'on parle ainsi ?

CHAULdTTE.

Oh ! ne te fâche pas. Mon maître est content de moi; il dit que je fais des progrès. Y avait-il bien des fautes dans la dernière lettre que je l"ai écrite hier ?

LE CO.MTE.

Quand je vois à chaque ligne que tu m'aimes, peu mimporle ton style ? Mais tu ne me demandes pas de nouvelles de mon voyage à Paris.

CHARLOTTE

As-tu vu ta mère ? Etes-vous raccommodés ?

LE COMTE

Oui; et sans un mol d'explication. Je me suis jeté dans ses bras , elle a pleuré , et tout est oublié. Elle va venir aujourd'hui même avec la baronne d' Alby , à qui je dois celte réconciUation.

CHARLOTTE

La baronne d'Alby !... Ah ! oui ; c'est cette jeune dame... Je m'en rappelle.

LE COMTE

Il faut dire : Je me la rappelle. Je t'en prie . tâche de t'ol)server quand elle sera là.

CHARLOTTE

Tu ne m'as jamais tant repris qu'aujourd'hui. Ecoute , mon Arthur , je ferai de mon mieux pour qu'on ne dise pas que ton épouse... {mouvement du comte) que ta femme ne te fait pas honneur. Laisse faire; va, l'hiver prochain, puisque lu veux retourner à Paris et me mener dans les salons , tu verras comme je serai savante. . . Je commence déjà à bien savoir ma géographie.

LE COMTE

ïa géographie?...

CHARLOTTE

Oui, monsieur; je sais mon Europe sur le bout du doigt , et je vais connnencer l'Asie.

LE COMTE

Ah! ce n'est pas cela qu'il importe de savoir!... mais , en ce moment , pensons à recevoir ma mère et madame d'Alby , qui vont arriver bientôt. Il faut tà- <her de leur rendre ce séjour agréable.

CHARLOTTE

Si nous invitions quelques personnes ?

LE COMTE

Qui?

CJIARLOTTE.

J'oubliais de te dire que nos voisins , les nouveaux '

propriétaires du château de Quincy, sont venus nous faire visite pendant ton absence.

LE COMTE

Ah ! ... le baron et la baronne de Versac.

Tu ne sais pas ? c'est une de mes anciennes pratiques.

LE COMTE

La Jjaronne ?

CHARLOTTE

Oui; une dame qui m'a souvent fait travailler. Elle a étéjoHment étonnée de me trouver ici!... Veux-tu que nous les invitions ?

LE COMTE

Non , non ; . . . Occupons-nous de ma mère et de madame d'Alby. Tu es en grand négligé : si tu te parais ?

CHARLOTTE

Si tu m'aimes comme je suis, qu'ai-je besoin de plaire à d'autres ?

LE COMTE

Je t'aime on ne peut davantage telle que tu es , mais je voudrais que madame d'Alby et ma mère le trouvassent jolie. . . très-jolie .

CHARLOTTE

Que lu es singulier !... Je ferai ce que tu désireras; et pourtant , je ne voudrais pas faire une grande toilette : je suis encor un peu gauche.

LE COMTE

Eh bien ! oui, tu as raison! pas de toilette. Prometsmoi seulement de bien retenir mes leçons pendant le diner.

CHARLOTTE

Oh! sois tranquille !... Tu seras content de moi : je sais qu'il ne faut pas couper son pain; qu'il faut... qu'as-tu donc à rire ?

LE COMTE

Je ris de toi et de moi-même. Va , chère Charlotte, sois toujours douce et bonne comme tu l'es, tu n'auras pas besoin d'autre art pour me charmer.

CHARLOTTE

Que je suis heureuse ! Pour de l'amour et de la docilité , tu sais que j'en aurai toujours.

( Elle sort. )

ZÛO

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