CHARLOTTE, LE COMTE
Qu'avez-vous , Charlotte ?
CHARLOTTE
Je n'ai rien. C'est ce pauvre garçon qui s'en va bien triste : il dira que je suis fière , et c'est notre parent , après tout.
LE COMTE
J'ai fait ce que j'ai pu pour le retenir . quand j'ai su qui il était ; mais j'attends du monde aujourd'hui , et vos parents...
CHARLOTTE
C'est toujours quand vous revenez de Paris que vous parlez de mes parents , parce que vous avez vu le grand monde. Dans les premiers mois de notre mariage , vous restiez avec moi ; et vous n'en parliez pas.
LE COMTE
Pardon, ma chère amie!... Mais vous devez comprendre...
CHARLOTTE
Pourquoi me dire vous? Est-ce que >ous ne m'aimez plus ?
LE COMTE
Je t'aimerai toujours.
CHARLOTTE
Ah! ces paroles me font bien du l)ien.
LE COMTE
Ne dis donc pas bien du bien : est-ce qu'on parle ainsi ?
CHAULdTTE.
Oh ! ne te fâche pas. Mon maître est content de moi; il dit que je fais des progrès. Y avait-il bien des fautes dans la dernière lettre que je l"ai écrite hier ?
LE CO.MTE.
Quand je vois à chaque ligne que tu m'aimes, peu mimporle ton style ? Mais tu ne me demandes pas de nouvelles de mon voyage à Paris.
CHARLOTTE
As-tu vu ta mère ? Etes-vous raccommodés ?
LE COMTE
Oui; et sans un mol d'explication. Je me suis jeté dans ses bras , elle a pleuré , et tout est oublié. Elle va venir aujourd'hui même avec la baronne d' Alby , à qui je dois celte réconciUation.
CHARLOTTE
La baronne d'Alby !... Ah ! oui ; c'est cette jeune dame... Je m'en rappelle.
LE COMTE
Il faut dire : Je me la rappelle. Je t'en prie . tâche de t'ol)server quand elle sera là.
CHARLOTTE
Tu ne m'as jamais tant repris qu'aujourd'hui. Ecoute , mon Arthur , je ferai de mon mieux pour qu'on ne dise pas que ton épouse... {mouvement du comte) que ta femme ne te fait pas honneur. Laisse faire; va, l'hiver prochain, puisque lu veux retourner à Paris et me mener dans les salons , tu verras comme je serai savante. . . Je commence déjà à bien savoir ma géographie.
LE COMTE
ïa géographie?...
CHARLOTTE
Oui, monsieur; je sais mon Europe sur le bout du doigt , et je vais connnencer l'Asie.
LE COMTE
Ah! ce n'est pas cela qu'il importe de savoir!... mais , en ce moment , pensons à recevoir ma mère et madame d'Alby , qui vont arriver bientôt. Il faut tà- <her de leur rendre ce séjour agréable.
CHARLOTTE
Si nous invitions quelques personnes ?
LE COMTE
Qui?
CJIARLOTTE.
J'oubliais de te dire que nos voisins , les nouveaux '
propriétaires du château de Quincy, sont venus nous faire visite pendant ton absence.
LE COMTE
Ah ! ... le baron et la baronne de Versac.
Tu ne sais pas ? c'est une de mes anciennes pratiques.
LE COMTE
La Jjaronne ?
CHARLOTTE
Oui; une dame qui m'a souvent fait travailler. Elle a étéjoHment étonnée de me trouver ici!... Veux-tu que nous les invitions ?
LE COMTE
Non , non ; . . . Occupons-nous de ma mère et de madame d'Alby. Tu es en grand négligé : si tu te parais ?
CHARLOTTE
Si tu m'aimes comme je suis, qu'ai-je besoin de plaire à d'autres ?
LE COMTE
Je t'aime on ne peut davantage telle que tu es , mais je voudrais que madame d'Alby et ma mère le trouvassent jolie. . . très-jolie .
CHARLOTTE
Que lu es singulier !... Je ferai ce que tu désireras; et pourtant , je ne voudrais pas faire une grande toilette : je suis encor un peu gauche.
LE COMTE
Eh bien ! oui, tu as raison! pas de toilette. Prometsmoi seulement de bien retenir mes leçons pendant le diner.
CHARLOTTE
Oh! sois tranquille !... Tu seras content de moi : je sais qu'il ne faut pas couper son pain; qu'il faut... qu'as-tu donc à rire ?
LE COMTE
Je ris de toi et de moi-même. Va , chère Charlotte, sois toujours douce et bonne comme tu l'es, tu n'auras pas besoin d'autre art pour me charmer.
CHARLOTTE
Que je suis heureuse ! Pour de l'amour et de la docilité , tu sais que j'en aurai toujours.
( Elle sort. )
ZÛO