LA BAROÎSINE D'ALBY, LA COMTESSE, LE COMTE, CHARLOTTE
Bonjour, Arthur. Bonjour... madame.
CHARLOTTE
Je suis...
LE COMTE, l'interrompant, ] Que je suis heureux de vous voir ! Permettez que ! je vous présente madame d'Aiglemont.
LA BARONNE
11 y a longtemps que je désirais faire avec madame Une plus ample connaissance.
p CHARLOTTE.
Vous êtes bien bonne, madame , et je vous reraerj cie bien , car. . .
j LE COMTE, l'interrompant.
! IN 'êles-vous pas fatiguée?
LA BARONNE
Pas du loiil. Mais , en vérité , chère comtesse , ce château est délicieux.
LA COMTESSE
l'y ai trouvé, dans des temps malheureux, un abri contre les chagrins.
Et votre fils y cherche aujourd'hui un asile contre les plaisirs.
LE COMTE
C'est que je crois que si les chagrins détruisent le bonheur , les plaisirs le dérangent.
LA COMTESSE
Et vous êtes heureux ?
LE COMTE
Très-heureux.
LA COMTESSE, à demi-voix.
En êtes-vous bien sûr ?
LE COMTE
Très-heureux.
LA COMTESSE, à ChailoUc.
Et VOUS , madame ?
CHARLOTTE
Si je suis heureuse ?.... Il est toujours près de iiioi.
LA BARONNE
Ce bonheur-là peut suffire pendant l'été ; mais, cet hiver , vous reviendrez à Paris. 11 ne faut pas nous enlever entièrement monsieur le comte , et vousmême vous ne devez pas vous séquestrer du monde.
CHARLOTTE
Je ferai ce que mon mari voudra; et j'avoue que je ne serai pas fâchée de revoir ma famille, mes amies d'enfance, car...
LE COMTE , l'interrompant.
Oui, sans doute, oui, nous irons à Paris. {^ la baronne.) Si vousvouliezjeteruncoup-d'œilsur leparc, sur les jardins?
LA BARONNE
Tout à l'heure. Oh ! vous aurez le temps de faire le propriétaire , je vous promets de tout examiner. {Re- (jardani la harpe et la miisiiiue.) Ahl je vois que les arts charment votre solitude. Celte harpe , ces pinceaux sont à madame?
CHARLOTTE
Non, vraiment ; vous sentez bien que ce n'est pas. . .
LE COMTE . l'interrompant.
La comtesse ne s'est occupée que du piano ; et c'est à votre intention que j'ai fait apporter cela ici.
LA BARONNE
J'en suis reconnaissante.
LA COMTESSE, à part.
Pauvre Arthur , comme il est embarrassé!
UN D0.ML:STI0LE, entrant.
Monsieur le comte , un exprès apporte cette lettre de l'auberge voisine ; on attend une réponse.
LE COMTE
Vous permettez, madame. (// ouvre la lettre.) Ah ! c'est de cet étourdi de Monval; il arrive d'Italie.
LA BARONNE
Il revient? J'en suis charmée.
Écoutez ce qu'il m'écrit.
« Mon cher Arthur, j'arrive d'Ancone, et, enmar- » rêtant près de ton château, j'apprends que tu Fhabi- » tes en ce moment , et , de plus , que lu t'es marie 1) pendant mon absence. Je peux rester ici quelcpies I) heures , et si tu veux me présenter à la comtesse » d'Ai^lemont, que je n'ai pas l'honneur de connaître, » j'irai déposer mes hommages à ses pieds , heureux » de rencontrer chez toi un avant-goût des plaisirs » que je vais retrouver à Paris. J'attends la réponse )) à l'auberge.
» Ton affectionné et bien ennuyé camarade ,
» LÉON DE Mon VAL. »
LA BARONNE
Il faut qu'il vienne; il nous amusera.
LE COMTE
Je ne demande pas mieux.
LA COMTESSE
Allez le chercher , Arthur.
LE COMTE
Vous avez raison, ma mère ; l'auberge est ici près : je vais le chercher , et j'amène à vos pieds le conquérant d'Ancone.