CHARLOTTE, PIERRE
PIERRE
Ah ! quel mois nous allons passer....
CHARUOTTE.
Nous reprendrons nos éludes et nos lectures que depuis quelques jours les préparatifs de ce voyage ont interrompues.
PIERRE
■ Ai-je un autre bonheur sur la terre? Que ne vous dois-je pas ? C'est au désir de devenir digne de votre amitié et aux heures passées près de vous que je dois le peu que je sais. Avec vous j'étais si heureux d'apprendre !
CHARLOTTE
Et moi , je n'avais point de honte de ne point savoir.
PIERRE
Depuis {pie vous m'avez témoigné de l'amitié , le malheur qui m'accompagnait jadis a disparu ; mes chefs m'ont distingué, me voilà sous-lieutenant... A'otre père en est tout surpris ; moi-même, j'ai peine à me reconnaître... Et cependant tout cela est si naturel auprès de vous!... Mes idées, mon langage se sont formés sur les vôtres ; il me semble que les mots que vous prononcez sont les seuls que j'aime à dire, je cherche dans les livres qui vous plaisent ce qui peut vous intéresser; et, près de vous, je me sens à mon aise, je me sens heureux...
CHARLOTTE
Et moi, Pierre , je n'ai pasavec vous cettetimidité, celte crainte que m'inspirent mon mari et les gens du monde.
PIERRE
Nés tous deux dans la même classe, formés ensuite par la réflexion , le cbagrin et l'étude , nos idées sont les mêmes ; nous ne pouvons rougir ni l'un ni l'autre ; bien que j'admire votre supériorité ,elle ne m'humilie pas , et je sens , à chaque minute , que , si les choses eussent été autrement , il y aurait eu bien du bonheur.
CHARLOTTE
Pierre...
Pardonnez-moi... Je ne cesse de faire des efforts pour vous obéir : je n'oublie pas que c'est à la condition qu'une froide amitié s'exprimera seule que vous m'avez permis de vous voir souvent. Jugez du prix que j'attache à ce bonheur, puisque depuis une année , je n'ai pas dit un mot de mon unique pensée en ce monde. Ah ! qu'il faut aimer pour agir ainsi !
CHARLOTTE
Je suis madame d'Aiglemont... Quel que soit mon sort , je ne peux ni ne veux l'oublier... Mais ne parlons plus de cela , et dites-moi , mon ami, savez-vous si mon père a quelque chagrin? Il me paraît plus soucieux depuis quelque temps , et ce matin j'ai cru voir une larme dans ses yeux.
PIERRE
Le père Bertrand pleurer... Mon Dieu ; seriez-vous menacée de quelque mallieur ?
CHARLOTTE
Moi !... oh ! je ne crois pas... que peut-il m'arriver maintenant ?
UN DOMESTIQUE
Monsieur de Monval, informé du départ de madame la comtes.se , demande instamment à être reçu.
CHARLOTTE
Qu'il vienne.
PIERRE
Vous le recevez ?
CHARLOTTE
Il est le seul parmi les amis de mon mari qui ait en des égards pour moi.
Oh! oui.... je le sais.... J'ai deviné plus encore..., II vous aime!...
CHARLOTTE
Pierre..,