SCÈNE V
PÉPIN, GISLEMAR, CHLODSINDE, Soldats.
PÉPIN
... Ne crains rien , pauvre fille :
Viens; Chlodsinde est ton nom?
CHLODSINDE.
Oui.
PÉPIN
Quelle est ta famille?
Hélas ! je n'en ai plus.
PÉPIN
Ton père était Gaulois ?
CHLODSINDE.
Il est mort à la guerre.
PÉPIN
Et son rang?
CHLODSINDE.
Autrefois n avait de grands biens ; mais son noble hcrilage
LE KOI FAINÉANT.— ACTE 1
Est d'un guerrier germain devenu le partage ; Moi , du toit paternel exilée à jamais , Près de Charles , ton fils , esclave en son palais , J'ai vécu condamnée à des travaux serviles ; Quand la meule tournait entre mes mains débiles , Gagnant le pain grossier qui devait me nourrir , Je n'avais pas du moins d'outrages à souffrir ; Mais devant Charle un jour il me fallut paraître ; Il dit que j'étais belle , et qu'il était mon maître , Qu'il pouvait ordonner ma vie ou mon trépas : Moi , je lui résistais , car je ne l'aimais pas ! Alors , il m'a saisie et ses mains m'ont frappée !... Enfin , de son palais je me suis échappée , Et je venais ici pour conjurer le roi D'être mon protecteur , d'avoir pitié de moi.
Ne tremble pas ! Je veux protéger ta faiblesse , Et de Charles , mon fils , gourmander la rudesse ; Tu n'auras pas en vain réclamé mon appui , Ton sort change , Chlodsinde , et tu n'es plus à lui. Mais réponds : Childebert , dont ta folle imprudence Venait en ce palais implorer l'assistance , S'est-il jamais offert à tes regards surpris ? Le connais-tu ?
CHLODSINDE.
Le jour où , traversant Paris , Il allait visiter les saintes basiliques , Et des pieux martyrs honorer les reliques , Moi, j'étais dans la foule, et, de loin, je suivis Le char qui transportait rhéritier de Clovis : Ses longs cheveux bouclés , flottant sur ses épaules , M'avaient fait découvrir le jeune roi des Gaules ; De son front noble et fier j'admirais la beauté , Dans ses yeux languissants je lisais sa bonté , Je ne le cache point, mon âme fut émue ! La maison de ton fils, où j'étais retenue , Est près de ces jardins , et quelquefois , le soir', Sous ces arbres touffus me cachant pour le voir , J'y venais oublier ma chaîne douloureuse; Et, quand je l'avais vu Je me croyais heureuse !
PÉPIN
Eh bien ! console-toi ! Je veux que désormais Tu passes près de lui tes jours dans ce palais.
CHLODSINDE.
Moit
PÉPIN
Toi-même ! Accablé du poids d'une couronne , Il rêve le bonheur : l'amour , dit-on , le donne !
Chasse donc de ces lieux la tristesse et l'ennui , Et que des jours plus doux brillent enfin pour lui ! '
(Il sort.)