SCÈNE VII
CHILDEBERT, Hommes d'armes; CHLODSINDE, sous un bosquet.
childebert.
Qu'il est pesant l'ennui qui m'accable en ces lieux ! Que les heures pour moi péniblement se traînent ! Vousm'offrez des plaisirs que tous les jours ramènent ; De cet arc meurtrier pourquoi charger ma main ? Renfermez mes faucons !... je chasserai demain : Laissez-moi seul , allez !
(Les hommes d'armes se retirent.) Oh ! qu'elles étaient belles !
Quand pourrai-je, ô mon Dieul me retrouver près d'elles ? Jeunes filles de Gaule, entendez-vous mes vœux? Je vois encor flotter l'or de leurs blonds cheveux ; De leurs attraits si purs l'image séduisante Le jour, la nuit , partout, à mes yeux est présente; Elles sont là I... Toujours!.,. Je leur parle... et parfois Je crois ouïr encor les doux sons de leur voix !
CHLODSINDE.
Childebert!...
LE ROI FAIlNt:ANT. -ACTE I.
CHILDEBERT , apercevant CblocIsiDde.
Ciel! que vols-je?... Oh ! qui que tu sois, reste, Reste, femme, démon, ou vision céleste ! De l'éternel séjour dis-moi si tu descends Pour rendre le bonheur à mes jours languissants : Dis-moi si de l'enfer tu n'es point un prestige ? Car on dit que souvent, par un fatal prodige, Salan prend cette forme et s'attache à nos pas !.., Mais, quel que soit ton nom, ne m'abandonne pas !
CIILODSINDE.
Hélas ! je suis Clilodsinde , esclave et pauvre fille , Qui cherchait un ami, car elle est sans famille.
CIILODEBEIIT.
Tu cherchais un ami?... je veux être le tien! Approchel .. . Pourquoi donc trcniblcr ?.. Oh! ne crains rien ! Je suis le roi, Clilodsinde, et c'est moi qui t'implore! Viens ici, près de moi !... Plus près!... plus près encore ! Que j'aime de ses traits la sévère beauté ! Le Dieu, ([ui sur son front mit tant de majesté, A vivre dans les fers l'a-t-il donc réservée? Belle ! imposante !... ainsi que mon cœur l'a rêvée , La voilà !... Près de moi tu resteras toujours ?
CIILODSINDE.
Je le dois !
cniLDEBERT.
Oh ! combien ils vont me sembler courts Ces jours, dont mon ennui maudissait la durée ! Qu'ils sont beaux ces jardins où je l'ai rencontrée ! Ces fleurs, dont les parfums s'exhalent dans les airs , Des oiseaux de ces bois les gracieux concerts , Tout m'était importun!... A présent, tout m'enivre ! Je te vois , je te parle , et je commence à vivre!
CIILODSINDE.
Childebert!...
CHILDEBERT
Comme toi , je n'ai plus de parents ; J'étais à plaindre aussi 1
CIILODSINDE.
N'es-tu pas roi des Francs !
CHILDEBERT
Oui ! j'ai des serviteurs, de l'or, des hommes d'armes ; Cela n'empêche pas de répandre des larmes , De fatiguer le ciel par des vœux superflus , D'avoir des chagrins !
CHLODSINDE.
Qui? toi!...
CHILDEBERT
Je n'en aurai plus !
Combien va désormais s'embellir la demeure
Où je pourrai te voir et t'entendre à toute heure ! Suis-moi dans mon palais !... Tu ne sais pas encor Quels objets merveilleux composent mon trésor!' Je te vais tout montrer !... comme en un jour de fête, De mon royal clia[>t'l je veux couvrir ma tête ; De mes plus beaux habits me parer à tes yeux ; Tu verras les joyaux, les vases précieux Où (les martyrs, offerts à nos pieux bommage.s, Un saint naguère , Éloi , cisela les images.
CIILODSINDE.
Que ton langage est doux ! J'oublie auprès de toi Que je suis ton esclave, et que je parle au roi.
CHILDEBERT
Mon esclave !... Oui, je suiston seigneur et ton maître. Tu m'appartiens !... Pour moi quel avenir va naître ! Tu connais tes devoirs, tu les rempliras tous : Que versé par tes mains l'hydromel sera doux ! Ah! puisque du Très-IIautlesbontés nous rassemblent, Je ne me plaindrai plus que mes jours se ressemblent ; A rester dans ces murs je consens désormais , J'y serai trop heureux pour les quitter jamais !
CHLODSINDE.
Quoi! tu vivrais toujours enfermé dans Compiègne! Qu'y fais-tu, Clùldebert?
CHILDEBERT
Ils disent que je règne.
CHLODSINDE.
Pourquoi vers la cité ne point porter tes pas ?
CHILDEBERT
Oh ! mon titre de roi ne me le permet pas ! Me montrer à mon peuple une fois chaque année , Et vivre en ce palais , telle est ma destinée : Le duc Pépin l'affirme , il en doit être ainsi !
Le crois-tu ?
CHILDEBERT
Maintenant mon bonheur est ici !
Esclaves !
(A Chlodsinde.) A tes yeux , pour signaler ma joie.
Je veux que des festins la pompe se déploie.
LE ROI FAINÉANT. -ACTE I