SCÈNE PREMIERE
PÉPIN, assis, GISLEMAR , debout.
PÉPIN
Ainsi, le poursuivant d'un horrible réveil , Tes soins ont de sa couche écarté le sommeil ?
GISLEMAR.
Des apparitions , des fantômes funèbres
Ont devant ses regards glissé dans les ténèbres ;
Je l'ai vu sur son lit s'agiter et frémir ;
Il invoquait les saints , il n'osait pas dormir ,
Et le prodige vain , qui l'épouvante encore.
Ne s'est évanoui qu'au retour de l'aurore.
PÉPIN
II suffit, Gislemar, je suis content.
GISLEMAR.
Pourquoi Livrer à ces terreurs 1 âme du jeune roi ?
PÉPIN
Tu le sauras ! Chlodsinde est dans ces lieux?
GISLEMAR.
Sans doute !
De Compiègne avec nous elle a repris la route. C'est elle qui du prince encourageait l'essor.
PÉPIN
Oui ! je fus outragé !
GISLEMAR.
Comment vit-elle encov?
PÉPIN
Près de ce Childebert , dont l'amour la protège , Puis-je donc la frapper? As-tu vu ce cortège De Gaulois, réveillés par les fureurs du roi? Leurs yeux accusateurs semblaient fixés sur moi ; Tous , jusque dans Compiègne ils sont venus en armes : Que ce voyage un jour leur coûtera de larmes !
Ci)lodsinde allait mourir, et son sang abhorré... Mais , fille d'un guerrier dans la Gaule honoré , Cette esclave fatale a de nobles ancêtres ; Qu'aurait fait ChiIdebert,etqu'auraientditvos prêtres?
GISLEMAR.
Voulez-vous , seigneur duc , dévorer votre affront ?
PÉPIN
Non pas ! car ce sont eux qui la condamneront !
GISLEMAR.
Comment ?
PÉPIN
Retire-toi. Tu vas bientôt apprendre Quels soins de tes efforts je peux encore attendre.