‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 302 sur 560 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SYMMAQUE, CHLODSINDE, CHILDEBERT.

CHILDEBERT , à Clilodsinde en entrant.

J'oubliai tes conseils ! Ma Clilodsinde , pardonne ! Mon bon ange avec toi me suit ou m'abandonne ! Je suis si faible encore, on m'a si mal instruit !... Si lu savais combien j'ai souffert cette nuit , Quels terribles accents ont frappé mon oreille , Quel prodige effroyable a torturé ma veille !

CHLODSINDE.

Un prodige ! Comment , Childebert ? que dis-tu ?

CHILDEBERT

Écoute ! sur mon lit , languissant , abattu , Je sommeillais ; mes yeux s'étaient fermés à peine , Quand , tout à coup , j'entends une voLx souterraine Qui , d'échos en échos , fait retentir mon nom ; On disait : » Childebert appartient au démon ! » J'ouvre les yeux !. .. je vois des fantômes livides Sortir , en grandissant , de leurs sépulcres vides ; Et tous ils répétaient, en glissant près de moi : « Childebert, le démon a mis ses mains sur toi ! »

CHLODSINDE.

Grand Dieu ! qu'entends-je ! . . .

CHILDEBERT

Alors, de l'ange des ténèbres Je crois ouïr la voix et les rires funèbres ; Il fixe sur mes yeux ses yeux étincelants ; Mon creur bondit , pressé sous ses ongles brûlants ; Puis, des morts près de moi j'entends tinter la cloche! ... Ah! nos prélats l'ont dit, la fin du monde est proche!

CHLODSINDE.

Que le calme , à ma voix, rentre dans tes esprits , Childebert ! ce démon , ces fantômes , ces cris , Fruits d'un pénible rêve et non point d'un prodige.,.

CHILDEBERT

Oh! ne blasphème pas ! J'ai vu, j'ai vu, te dis-je ! Le sommeil de mes sens ne s'est point emparé I Au pouvoir du démon si Dieu m'avait livré ? Souvent de tels malheurs ont effrayé le monde.

Les prêtres du Seigneur chassent l'esprit immonde ; Ils vous délivreraient.

CHILDEBERT

Oh ! oui.

LE ROI FAINÉANT. — ACTE IV

CHLODSINDE.

Rassure-toi.

CHILDEBERT

Je fus toujours fidèle à notre sainte foi!... Mais écoute ces bruits précurseurs de l'orage ; Les vents de la forêt tourmentent le feuillage. Vois-tu de ce côté ces sinistres éclairs Qui déchirent la nue et sillonnent les airs , Cette ombre qui s'étend sur la céleste voûte ? Dieu contre les humains est irrité sans doute. Est-ce encor là l'effet d'un prestige trompeur ? N'entends-tu pas gronder le tonnerre?... J'ai peur.

CHLODSINDE.

Bannis cette terreur où se livre ton âme. C'est moi qui dois trembler, Childcbert, faible femme; Quel sera mon appui ? Tes imprudents discours Aux fureurs de Pépin abandonnent mes jours.

CHILDEBERT

Pépin ! qu'oses-lu dire ! Est-ce à toi de le craindre ? Son dépit près du roi peut-il jamais l'atteindre ? Non !... D'un présage affreux mon esprit obsédé Aux tourments de la nuit un instant a cédé ; Mais je dépose enfin le poids de ma souffrance; Tu parles, et mon cœur retrouve l'espérance. Oublions tout ! j'eus tort de m'effrayer ainsi. Sais-tu que des Gaulois m'environnent ici ? Armés, à mon réveil je les ai vus paraître, Et saluer en moi leur roi seigneur et maître. Ah ! s'ils m'ont reconnu , Chlodsinde , si ma voix Trouve encore un écho dans le coeur des Gaulois , C'est toi(|ui m'éveillas en me montrant ma honte ! Je dois à tes conseils ce trône où je remonte ; Tu le partageras !

CIILODjINDK.

Qu'entends-je ?

SVMMAQUE.

Juste Dieu '

CHILDEBERT

Mes ordres sont donnés ; je prétends qu'en tout lieu Le peuple honore en toi mon épouse et sa reine.

CHLODSINDE.

Je doute si je veille , et je respire ù peine !

SYMMAQUE

Que faite.s-vous , seigneur? Permettez que ma voix...

CHiLDi:nEr.T.

A.^.sez !... nous le voulons ! ainsi disent les rois. Que le mauleau royal brille sur ton épaule , Ma Chlodsinde !

CHLODSINDE.

Est-ce un songe ?

CHILDEBERT

A moi, peuple de Gaule I

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