‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 309 sur 560 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PÉPIN, CHARLES, RADBOD, GISLEMAR, HERMENAIRE, Seigneurs francs et gaulois, Prélats , Foule de Gaulois et de Germains , Soldats, etc.

GISLEMAR , précédant le cortège.

Allons ! rangez-vous. . . Place au roi ! childebert.

Oli! ne prendrez- vous pas pitié de mon effroi? jN'esl-ce donc point assez que je vous l'abandonne? Faut- il que sous mes yeux...

PÉPIN

L'église nous l'ordonne.

Du solennel arrêt préparé par ses soins ,

Et le peuple et la cour doivent être témoins ;

Subissons tous la loi qui nous est imposée.

Prenons place... Déjà s'avance l'accusée.

( Tout le monde se place sur des sièges préparés ; la foule est groupée dans le fond. Chlodsinde s'avance; elle est vêtue de blanc, le front pâle, et ses longs cheveux descendent sur ses épaules ;Synimaquej des moines et des religieuses l'accompagnent. )

Les Mêmes; CHLODSIiNDE, SYMMAQUE , etc.

Toi qu'un soupçon terrible a conduite en ce lieu , Et qui viens y cliercbcr la justice de Dieu , Femme, s'il n'est pas vrai que ton cœur soit coupable, Approche sans trembler du brasier redoutable ! Mais , si ton âme impure appartient au démon , Confesse tes péchés. Es-tu coupable ?

chlodsinde.

Non!

Et j'espère que Dieu, confondant l'imposture , N'abandonnera pas sa faible créature.

SYMMAQUE

Eh bien! voici l'instant de ployer les j?enoux; Courbe ton front soumis, fenuue, et prie avec nous. ( Chlodsinile so met .1 genoux ; Syramaque se lient debonl près d-die.)

PRIERE

Maître des cieux et de la terre , Toi qui vois du même œil et l'esclave et le roi. Mon Dieu ! le cœur de l'horarae est pour toi sans mystère, Parle ! nous attendons avec un saint effroi.

Si , dans la fournaise embrasée , Sur les trois enfants d'Israël Une fraîche et douce rosée A ta voix descendit du ciel ]

Si ta main aux pieds du prophète Enchaîna la faim des lions ; Si ta colère est satisfaite Et s'éteint quand nous la prions ;

Dieu de bonté , Dieu de clémence , Si nos crimes n'ont point encor De ta miséricorde immense Epuisé le divin trésor;

Maître des cieux et de la terre , Toi qui vois du même œil et l'esclave et le roi , Mon Dieu ! le cœur de l'homme est pour toi sans niy.stère , Parle ! nous attendons avec un saint effroi.

childebert.

Non , Chlodsinde à l'enfer n'a point livré son ame !

SYMMAQUE

Silence!...

(A chlodsinde. ) Lève-toi !,.. que le brasier s'enflamme ! ( Le brasier s'allume et jette des flammes très-vives. ) • Nos prières au ciel ne montent pas en vain , Femme !... tu te soumets au jugement divin ?

chlodsinde.

Je m'y soumets.

SYMMAQUE

Pour toi que Marie iritercède !

Yoici l'heure !... Va donc , et Dieu te soit en aide ! ( Symraaque va se placer près de Childebert. )

CHILDEBERT

Le feu brille! ... Oh! comment surmonter mon effroi?. . . Chlodsinde ! ... je frémis !

CHLODSINDE , s'avançant vers le brasier.

Dieu ! . . . prends pitié de moi !

( Ai-rivée près du brasier, elle recule. ) Je ne pourrai jamais ! loin de moi cette flamme ! Loin de moi !

LE GERMAIN

La terretir s'empare de son âme!

LE ROI FAINÉxVNT. — ACTK V.

GISLEMAR.

C'esl le coupable seul qui doil pâlir ici. CllLODSINDE , se ranimant.

Malheureuse ! un instant j'ai tremblé I...

( Elle s'approche avec énergie du l)rasier , et y place son bras. )

Me voici !

( un cri d'effroi s" échappe de la foule ; il est suivi d'un silence d'un instant. ) CHILDEBERT, à Synimaque.

Écoute ! — On n'entend pas s'échapper une plainte.

SYMMAQUE

Sans doute sous sa main la flamme s'est éteinte. CHILDEBERT , regardant fixement la (igure de Clilodsinde. Elle ne souffre pas ! Dieu lui-même a parlé !

SYM.>UQl]E.

Son bras doit être intact !

ClIILDEBER'r.

Oui!

CHLODSINDE, retirant du brasier son bras rouge.

Non! il est bridé!

( Nombre de voix dans la foule. )

Je meurs !

(On jette un voile sur le bras de Clilodsinde.)

GISLEMAR.

C'en est fait ! El le ciel la condamne ! GERMAIN , dans la foule.

Qu'on l'arrache des lieux que son aspect profane !

(Voix dans la foule.) Hors d'ici ! hors d'ici ! la sorcière !

CHLODSINDE.

Arrêtez !

Francs, Gaulois et Germains, écoutez, écoulez ! Vous que Pépin convie à cet affreux spectacle ! Je ne méritais point que Dieu fit un miracle , Mais j'étais digne au moins qu'il nie vînt secourir, Et m'envoyât d'en haut la force de soMl'frir ! Qui donc , lorsqu'à vos yeux me dévorait la flamme , Mit le calme en mes traits, le courage en mon âme ? Vous tous,dontles regards s'attachaient sur mon froni, L'avez-vous-vu pâlir ? Ceux qui m'accuseront Où sont-ils? Sur ces traits ont-ils lu ma torture? Non !j'ai marché sans peur ! j'aisoufferlsansmurmure! Gloire à Dieu ! dans ma force il s'est manifesté !

GAULOIS

Grâce ! grâce !

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