SCÈNE VIII
TRELAWNEY, à l'écart , Lad y BYRON, voilée.
LADY' BYRON , Ouvrant la porte à droite de l'acteur , sur la
terrasse.
Personne!... tant mieux!... mon cour bat si vite , que mon émotion m'eût peut-être trahie.
( Elle arrive en scène.) TRELA\V>EY , dans le fond , à part.
Allons!... elle est là!...
LADV BYRON, sur le devant.
Après huit années de séparation , il ne reconnaîtra plus ma voix; c'est ù peine si les traits de mon visage doivent avoir laissé quelque souvenir I... et qui me soupçonnerait à Venise?...'
TRELAWNEY, à part.
Si je pouvais trouver quelque chose de joli pour commencer.
LA1)Y BYRON
Quelqu'un s^approclie!... je tremble.
TRELAWNEY
N'ayez pas peur , ma belle dame !...
Grand Dieu!...
(Elle fait un mouvement pour s'échapper; Trelawncy larrétc. TRELAWNEY.
Oh ! ne me fuyez pas , et ne craignez rien ! De par tous les diables , je ne suis pas si effrayant , etje tiens à justifier la bonne opinion que Ryron vous inspire.
LADV BYRON.
Que dites-vous , monsieur ?
TRELAWNEY
Je dis, madame, (|ue vous avez eu la bonté dindicpier un rendez-vous... et me voici.
LADY BYRON
Vous ?
TRELAWNEY
Pourquoi pas ?
LADY BYRON
C'en est assez, monsieur!... une erreur que je ne puis expliquer...
TRELAWNEY , à part
Aie. aie!... Elle écrivait qu'elle ne le connaissait pas.
Vous êtes ici à la place d'un autre !.. permettez donc que je me retire , sans même vous demander une explication qui serait embarrassante, et peut-être peu honorable.
TRELAWNEY
Je vous demande bien pardon, madame; mais, puisque la mèche est éventée, je tâcherai de me justifier. J'avoue donc tout : oui, madame, Byron , las d'intrigues et d'amours , m'a offert de prendre sa place... voilà tout!
LADY BYRON
Ah ! 'combien vous vous êtes trompés tous deux sur le but et l'entretien que je lui ai demandé!... mais mon imprudence ne sera fatale qu'à moi.
TRELAWNEY
Veuillez ne pas vous désoler , madame ! Trelawney est un brave garçon : il ne sera pas dit qu'il aura fait pleurer une femme!.. C'est que, voyez-vous, ce coquin de Byron a tant d'amours et de succès , que moi j'étais tout joyeux qu'il voulût bien m'en céder un ! mais je suis loyal, et si d'abord je m'étais servi de son nom , parce que le nom est un puissant auxiliaire, croyez que je vous aurais détrompée bien vite!... je vous aurais dit : Vous pensez aimer un poëte?...pas du tout, c'est un soldat!... j'ai donné autant de coups de sabre que lord Byron a écrit dhémistiches; cela vous fait-il le même effet?... Voilà comme j'aurais parlé , madame!... eh bien! qu'en pensez-vous ?
LADY BYRON , à part.
Quel langage?... Et ce sont là maintenant ses amis !
TRELAWNEY
Écoutez, madame!... je ne sais pourquoi vous m'intéressez , et j'ai un tort à réparer envers vous ; j'oserai donc vous donner un conseil !... Renoncez à ce damné Byron , il a déjà trois ou quatre amours
LADY BYRON
Qu'entends-je ?
TRELAWNEY
Il est un peu comme moi , ne croyant ni à Dieu , ni à diable !... Que voulez- vous ? il a été si malheureux par sa famille, par son pays !... Voilà ce qui noUs a faits ce que nous sommes!... et de plus que moi il a une femme terrible !...
LADY BYRON
Comment?
TRELAWNEY
Au reste, ce ne sont ni vos affaires , ni les miennes ; mais il paraît qu'elle a été si dure , si injuste , si méchante...
LADY BYRON
Sa femme?...
TRELAWNEY
Sans doute, elle !... sa femme !... Ah I je la maudis de grand cœur pour avoir détruit l'espérance et la joie dans l'âme du plus noble des hommes. LADY BYRON , à part, ^'oilà ce que ses amis apprennent de lui , la haine , la malédiction sur celle qui a tant pleuré !... oh ! mon Dieu!...
TRELAWNEY , l'examinant.
Qu'elle n'aille pas se trouver mal à présent ! . . . Madame...
LADY BYRON , à elle-même.
Jl faut partir 1....
TRELAWNEY
Elle ne m'écoute pas !... C'est que je n'entends rien, moi , aux femmes qui s'évanouissent.
LADY BYRON
Monsieur, je n'ai plus qu'un mot à vous adresser, et je m'éloigne : dites à lord Byron que c'est lui , lui seul qui , n'écoutant que ses passions , a offensé le ciel et soulevé des haines formidables.
TRELAWNEY
Ah! bah!..
LADY BYRON
Dites-lui bien que ses écrits ont blessé tous les principes ; que la justice divine est irritée ; que celle des hommes peut être implacable.
TRELAWNEY, à part.
Il paraît que c'est une dévote.
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