SCÈNE VIIÏ
Lady BYRON, BYRON.
BYRON , affectueux et tendre.
Ah !... vous voici! il me semble que je suis revenu à ce jour où miss Milbanck daigna écouter les vœux de Byron.
LADY BVRO.N , froide, contrainte , et tenant un journal dans la main.
Dix années se sont passées depuis, mylord . et cependant il est aussi toujours pré.sent à sa mémoire !... Si peu de beaux jours ont lui pour elle . qu'il ne s'est pas effacé ce jourcprdK» n'ose nommer heureux .. ou malheureux.
BYRON
Ah !... dites heureux !
LADY BYRON
Hélas!...
BYRON
Ce jour où la main de ma compagne chérie tremblait dans la mienne. (// lui prend la maiu. ) Ah !... je le vois avec joie , celte bague n'a pas quitté votre main!... cette bague, vous en souvient-il ? c'était celle de manière!... elle était perdue depuis des années , elle se retrouva miraculeusement la veille de notre mariage!... je crus y voir un présage de bonheur.
LADY BYRON
Le mariage de votre mère n'avait pas été heureux ! . . . et cette bague était destinée à devenir le sceau d'une alliance plus malheureuse encore.
BYRON
Ne dites pas cela ! . . . quittez ce ton froid et sévère ! . . . hier vos regards étaient plus doux!... regarde-moi comme hier !...
LADY BYRON.-
Hier j'ai cru à vos paroles.
BYRON
Pourquoi douteriez-vous aujourd'hui ?
LADY BYRON
Parce qu'elles sont fausses et trompeuses.
Vous ne le croyez pas !
LADY BYRON
l'en ai la preuve.
BYRON
Vous ?
LADY BYRON
Moi!
BYRON
C'est impossible !
LADY BYRON , lui présentant un journal.
Tenez, la voici!... regardez!
BYRON
Dieu!...
LADY BYRON
Faut-il (jue je vous les lise moi-môme ces vers qui vont instruire l'Europe entière de vos vrais sentiments pour moi ?
BYRON , à lui-même.
Malheureux!... et j'avais oublié!.,. Ah! tout est Uni !
LADY BYRON
Déjà ces imprécations de votre haine étaient lues en tous lieux , pendant que vous m'assuriez ici de votre amour.
Le ciel m'a puni , et par mes propres mains !
LADY BYRON
Je ne répondrai pas à ces odieuses calomnies!... mais vous voyez maintenant ce que pouvaient être poiu' moi les trompeuses paroles qui cherchaient à me convaincre, moi... qui venais de lire le fond de votre pensée.
BYRON
Ah! ce n'est pas le fond de ma pensée!... la violence même de ces reproches atteste le désespoir qui m'égarail.
LADY BYRON , très-froide.
Rien déplus , milord !... quand mon cœur a trouvé dans la plus intime et la plus chère de ses affections l'ennemi le plus impitoyable , il lui doit être permis de se fermer à jamais.
BYRON
Il est donc vrai !... le passé a détruit pour toujours les espérances de l'avenir ! le retour vers ce que j'ai perdu est devenu impossible?...
LADY BYRON
Cependant, milord, hier j'ai promis... je tiendrai toutes mes promesses !... mon oubli du passé imposera au monde un semblable oubli... vous reprendrez le rang qui vous est dû... vous retrouverez votre tille... qui n'avait appris qu'à vous pleurer... et vous n'entendrez pas un reproche de celle qu'une destinée cruelle nomma votre femme.
BYRON , amèrement.
Ah ! sans doute ! ... je la verrai soumise et résignée, n'est-ce pas ?
LADY BYRON
Soumise et résignée.
BYRON
Sans souvenir d'amour , n'est-il pas vrai ?
LADY BYRON
Sans souvenir de haine ni d'amour.
BYRON
Ne comptant pas sur le bonheur ?
LADY BYRON
Ne l'espérant plus que dans le ciel.
BYRON
N'aimant rien sur la terre?
LADY BVnON.
Il me reste encore mon enfant !
BYRON, accablé.
Ah!...
LADY BYRON, à part.
Mon cœur est brisé!... sortons!... {Haut.) IVIilord !... j'attendrai vos ordres !...
( Elle sort avec t|uelqne émotion par la porte du premier plan à droite. )
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