‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 376 sur 560 · SCÈNE VllI · texte numérisé non relu

SCÈNE VllI

Madame de CEROM , DARCY.

MADAME DE CERONI , à part.

Il est temps de frapper le grand coup.

DARCY , à lui-même.

Ce nom de Léontine m'a fait un mal...

MADAME DE CERONI , à elle-même.

Comme il est rêveur !

DARCY

Elle n'a rien à esixirer que vos bienfaits ! pas un parent , pas im protecteur !

MADAME DE CERONI

Que dites-vous '? de qui parlez-vous?

DARCY

De cette jeune Léontine.

MADAME DE CEROM.

Ah ! voilà un mouvement de compassion bien snspect ! Vous savez nos conventions , confiance entière

LÉONTÏNE. -ACTE IL

Pourquoi me laisser deviner ce que déjà vous auriez dû m'a vouer, mon ami?... Vous êtes amoureux , et très-amoureux.

DARCY

Eh bien! je vous dirai tout. Oui , cette figure angélique me poursuit sans cesse ; j'ai tout fait pour l'oublier, et plus j'ai fait, plus je m'en suis souvenu. Après plusieurs jours passés sans la voir , je me suis défié de mes illusions , je suis revenu; je me suis enivré du charme de la voir et de l'entendre, et il surpasse tout ce qu'on peut imaginer loin d'elle.

MADAME DE CERONI

C'est-à-dire qu'après avoir tout mis en œuvre pour guérir, vous n'avez rien omis pour devenir fou , et que ce dernier parti vous a réussi complètement.

DARCY

Ah! mon amie, si vous m'abandonnez, je suis perdu !

MADAME DE CERONI , avec un mouvement d'humepr.

Eh ! qu'ai-je besoin de cet embarras-là? que m'importe que vous aimiez , que vous n'aimiez pas , que vous extravaguiez ?

DARCY

Je vous en conjure , sauvez-la de mes folies : depuis un mois, vous êtes sans cesse entre nous; mais je la verrai, je la suivrai malgré vous, malgré elle. Je ne sais ce que je ferai , ce que je dirai si vous n'avez pitié de moi.

MADAME DE CERONI , à part.

Comme il l'aime! (Haut.) Eh bien! nous verrons.

DARCY

An no« du ciel , conseillez-moi.

AME DE CERONI, à part.

An ! si j'avais été aimée ainsi !...

DARCY

Vous réfléchissez ?...

DADAME DE CERONI.

Je suis effrayée de votrP'^tat. Prenez-y garde ! cela Aous mènera plus loin que vous ne pensez peut-être. Vous ne pourriez obtenir cette jeune fille qu'à des conditions qui, jusqu'à présent, n'ont pas paru vous convenir. Ce n'est pas qu'on ne fasse tous les jours de plus grandes folies... mais , je l'avoue , je ne sais pas même si Léonline , avec ses scrupules de délicatesse, consentirait à un mariage aussi disproportionné pour la fortune et pour la naissance!... Je pourrais cependant essayer... Eh bien ! Darcy, trouveriez- vous une autre femme qui , à ma place , en fit autant ?

DARCY

Il n'y en a pas une qui vous ressemble , et votte bonté...

MADAME DE CEBONI.

Peut-être viendra-t-il un jour où vous sentirez différemment ?

DARCY

Croyez à mon éternelle gratitude.

MADAME DE CERONI

Mais enfin quel est l'état de votre cœur ? car il faut y regarder à deux fois.

DARCY

J'aurais voulu triompher de cette fatale passion!... Maintenant je n'ai qu'une pensée : que Léontine soit à moi ! et je me sens déterminé à ce que , dans le monde , on regarde comme la plus grande folie que puisse faire un homme de mon rang ; mais il vaut mieux épouser que souffrir, et j'épouserai.

Le cas est grave et demande de la réflexion.

DARCY

Je n'en ai fait qu'une : c'est que je ne puis jamais être plus malheureux que je ne le serais sans Léontine.

MADAME DE CERONI

Vous pourriez vous tromper.

DARCY

Voyez-la , interrogez son cœur, intercédez pour moi.

MADAME DE CERONI

Etes-vous bien décidé ?

DARCY

Irrévocablement.

MADAME DE CERONI , à part.

Briisquons le mariage. (H«ui.) Ah! mon 'Dieu! j'oubliais! C'est demain que je pars; tous mes préparatifs sont faits, je quitte Paris pour quelques mois , et j'emmène Léontine : différons jusqu'à mon retour.

DARCY

Différer !.., y pensez- vous ?

MADAME DE ÇERONl.

Comment faire ?

DAUCY.

Je pars avec vous plutôt que d'attendre.

Cela est impossible : je ne le souffrirais pas ; et il ne nous reste que vingt-quatre heures.

LÉOiNTlNE. -ACTE II.

DARCY

Mettons-les à profit; décidez Léontine , avertissez un notaire.

MADAME DECEROM.

Le mien doit précisément venir pour quelques affaires ; c'est le vôtre aussi : je pourrais lui parler pendant que vous irez chercher deux témoins... Mais c'est trop brusquer les choses , en vérité ; attendons, mon ami.

DARCY

Non , non ; ne perdons pas un moment. Le contrat signé , vous m'accorderez bien un retard de quelques jours pour vous rendre témoin du bonheur que je vous devrai.

MADAME DE CERONI

Il faut donc faire tout ce que vous voulez.

DARCV.

Vous êtes la plus aimable et la meilleure amie !

Mais , je vous en conjure , voyez Léontine : elle va décider de mon sort.

.\iR du Siège de Corintbe.

Obtenez d'elle , je vous prie , Va aveu qui doit nous unir ; Et tous les in-taiU< de ma vie Sont consacrés à vous bénir.

Comptez sur ma reconnaissance;' Vers le bonheur guidez mes pas.

MADAME DR CEPxOM.

Vous me remerciez d'avance ?

Croyez-moi , ne vous pressez pas.

(Darcy sort par le fond.)

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