‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 397 sur 560 · K . KORSAKOFF , MICHEL · texte numérisé non relu

K . KORSAKOFF , MICHEL

KORSAKOFF

Qui va là?

MICHEL

Enfin , mon cousin , je te trouve !

KORSAKOFF

Par saint INicolas! c'est Michel!... Toi! dans le palaiîi ds l'impératrice!... Sais -tu bien que, pour une telle audace , je devrais te faire donner le kuout ?

MICHEL

Donne-moi une poignée de main, en attendant.

KORSAKOFF

Et comment as-tu fait pour pénétrer jusqu'ici?

MICHEL

Ah ! j'ai eu un peu de mal ; mais tu sais que je ne m'intimide pas facilement. Je m'étais dit : Mon cou-

sin Korsakoff est sergent dans les gardes à pied, il faut que je le voie. Là-dessus , je me présente au palais, et je demande mon cousin Korsakoff : je m'étais adressé à des soldats , fort beaux hommes , ma foi !

KORSAKOFF

Qu'oiit-ils répondu?

MICHEL

Ils m'ont donné des coups de crosse. Bon ! ai-je dit à part moi, il faut se retourner d'un autre côté. En effet , je tire adroitement vers la gauche , je rencontre des messieurs couverts de caftans galonnés, et je les prie de m'enseigner où je pourrai trouver mon cousin. Oh ! ceux-là ont été bien plus polis.

KORSAKOFF

Ah!

MICHEL

Oui , ils ne m'ont donné qu'un coup de poing ; (u vois que cela allait déjà mieux.

Ain : Et voilà comme tout s'arrange.

Tout cela ne m'arrête point ,

Et , loin de perdre patience ,

De coups de crosse , eu coups de poing ,

Ballotté . meurtri, moi j'avance.

Pour toutes ces misères-là

11 ne faut pas qu'on se courrouce ;

Dans le palais , où me voilà ,

On bénit, je le sais déjà,

Un coup de pied , quand il nous pousse.

KORSAKOFF

Vraiment ?

MICHEL

Et j'en ai reçu un qui m'a poussé jusqu'à une galerie, où j'ai vu un grand bel homme qui se promenait de long en large ; je lui ai adressé ma question...

KORSAKOFF

Eli bien !

MICHEL

11 m'a ri au nez et m'a toiuné le dos ! ça m'a encouragé ; je me suis risqué , j'ai toujours marché devant moi , et samt Nicolas m'a conduit, puisque je te rencontre.

KORSAKOFF

Et que viens-tu faire ici , imbécile? Pourquoi as-tu quitté notre village?

MICHEL

Précisément parce que je ne suis pas imbécile , et que je veux faire mon chemin à la cour.

KORSAKOFF

Misérable!... tu es donc devenu fou ?

MICHEL

Pas davantage. Est-ce que tu ne te souviens plus de ce (jue nous disait , il y a dix ans , la vieille Matouclika, qui lit dans l'avenir comme dans un livre? a Un Korsakoff fera une grande fortune » , répétaitelle sans cesse , en nous regardant tous les deux. Jamais ces mots-là ne sont sortis de ma tête. Quand tu as été engagé dans les gardes , j'ai cru que ce Korsakofflà , ce serait toi ; mais , au bout de trois ans , tu n'es encore que sergent!... Alors j'ai réfléchi que je m'appelle aussi Korsakoff , que je suis bel homme, que j'ai une foule de talents , car je danse la mazourque de première force; j'accommode une soupe au sterlet mieux que personne ; je peux défier un caporal prussien pour l'exercice ; je sais lire et écrire ; je suis entreprenant , rien ne me rebute ; et pour ne pas faire mentir la sorcière , je me suis mis en route . el me voici !

KORSAKOFF

Ah ! tu sais faire l'exercice ?... eh bien ! demi-tour à gauche , en avant , marche ! Et qu'on ne te revoie plus dans ce palais , si tu ne veux pas que ta peau nous serve de tambour.

MICHEL

Par saint Michel , mon patron! je ne m'en irai pas comme ça.

KORSAKOFF

Sais-tu bien que tu m'as déjà fait manquer à ma consigne ? Heureusement on n'est pas encore levé au palais. Miséricorde !... le prmce !... Hors d'ici ! ... ah ! il n'est plus temps.

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