‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 433 sur 560 · C.ATHERI-NE · texte numérisé non relu

C.ATHERI-NE

Combien l'enthousiasme embellissait ses traits !

AiH : Ten souviens-lu ?

Qu'il était beau , quand , généreux et brave , Il plaignait ceux que le sort a trahis! Comme au milieu de cette cour esclave , Le grandissait l'amour de son pays!

Lorsqu'affroiitant ma puissance suprême , De mes faveurs il osait s'indigner , Mon front en vain portait un diadème , C'était lui qui semblait régner.

POTEMKIN , dont l'étonnement redouble.

Qu'enteuds-je?...

CATHERINE

Son âme est ouverte à tons les sentùnents généreux. Le pouvoir, il le brave ! la mort, il la méprise '.. Gloire à la mère qui lui donna naissance ! heureuse 'a femme qu'il aimera ! . . .

POTEMKIN , accablé.

Je demeure interdit !

CATHERINE

Eh quoi! vous ne comprenez pas?... Ici , dans ce palais, quand je passe, toutes les têtes se courbent... Une seule s'est relevée!... je m arrête!... et je l'admire !

POTEMKIN

Vous l'admire.^ !...

Je fais plus peut-être.

POTEMKIN

Ah ! vous l'avouez donc enfin!.. ,

CATHEUINE.

Eh bien ! le silence est rompu , écoutez ! Je n'ai pu voir, sans que mon cœur fût touché , ce jeune guerrier si digne de tout ce qu'il inspire ; j'ai combattu longtemps , je craignais voire douleur ; quand j'étais près de vous, je tâchais de rappeler l'amour, lainilié seule me répondait !... Que vous dirai-je? Le noble élan de cette âme fière et courageuse, qui s'en-

flamme au seul nom de la patrie ; cette audace qui n'hésite pas entre la puissance et l'honneur; ce dévouement si rare, ces vertus chevaleresques, tout a séduit mon imagination ! L'impératrice fut peut-être offensée... mais Catherine s'est émue, car elle aime la gloire,

POTEMKIN , à part.

Il n'y a pas un moment à perdre. (Haut.) Quelque douloureux que soit pour mon cœur l'aveu que je viens d'entendre , je saurai commander à mon chagrin. Le bonheur de Catherine fut toujours le plus cher et le premier de mes souhaits , j'mimolerai tout à ce bonheur, et, s'il le faut , je m'éloignerai.

CATHERINE

Non , mon ami ,'vous ne vous éloignerez pas.

POTEÎIKIN.

Je ferai des vœux sincères pour qu'elle rencontre dans une autre âme ce qu'elle avait trouvé dans la mienne, et surtout pour que le voile qui couvre aujourd'hui ses yeux soit lent à se déchirer.

Que voulez-vous dire ?

POTEMKIN

Puisse Catherine, toujours abusée, ne jamais apprendre combien torture le cœur l'amour qu'on éprouve sans pouvoir l'inspirer !

CATHERINE

Sans pouvoir l'inspirer !... expliquez-vous.

POTEMKIN

A quoi bon ?... mes paroles seraient suspectes : je veux , je dois me taire.

CATHERINE

Vous faites-vous un jeu de mon impatience ? Pourquoi ces demi-mots? parlez, prince, je l'ordonne.

POTEMKIN

Tout autre que moi peut vous instruire ; car que dirai-je qui ne soit déjà connu de toute la cour ?

CATHERINE

Comment ?

POTEMKIN

Et d'ailleurs l'empire que cette femme jeune et brillante exerce sur lui n'esl-il pas bien légitime ? elle est belle, ils furent élevés ensemble...

CATHERINE

De qui parlez- vous ?

POTEMKIN

De Pauleska.

Pauleska !

l'OTEMKIN.

Ignoriez-vous donc que , s'il a brisé tous les liens qui l'attachaient à la Russie, s'il a foulé sous ses pieds les bienfaits de Catherine , c'est la voix de Pauleska qui Ta tiré de son sonuueil?

CATIIIÎRIXE.

Ah!...

POTEMKIN

Les souvenirs de l'enfance ont un charme si doux !

CATUEUINE.

Us s'aimeraient!

l'OTEMKIN.

Mais Catlierine l'emportera sans peine sur une rivale.

CATHERINE

Une rivale!... Prince Potemkin , songez- y bien! vous venez d'éveiller dans mon cœur un sentiment qui peut donner la mort !...

POTEUKIN.

Je n'ai fait que répéter ce que chacun pense depuis hier ; mais c'est peut-être une erreur.

CATHliRlNE.

Non!... mes yeux s'ouvrent... Quand il me bravait , elle semblait triompher!... et je me souviens... ne m'a-t-elle pas dit elle-même?... Oui, deiiuis l'enfance... un amour... Oh! s'il était vrai!...

POTE.MKIN.

N'est-elle pas excusable d'avoir voulu ressaisir sa conquête ?

CATHEHINE.

Sa conquête !... Écoutez-moi , prince, je veux une preuve de leur intelligence.

POTEMKIN

Mais , madame...

CATHERINE

Une preuve ! je la veux ; aujourd'hui !. . . car si vous avez tenté de me tromper, si le supplice, que déjà vous m'avez fait subir , n'était qu'unjeu... vous m'entendez... il n'y a pas de cèdre si haut que la coignée ne puisse l'abattre.

POTEMKIN

Votre Majesté me charge là d'une mission difficile ! Le soin que Pauleska depuis longtemps a mis à fasciner vos yeux prouve son adresse.

CATHERINE

J'aurais été sa dupe !

POTEMKIN, ;\ part.

Le poignard est dans la blessure.

Prince Potemkin, j'ai coutume d'être obéie.

POTEMKIN

Je tâcherai de ne pas déranger vos habitudes.

CATII URINE.

Jy compte, et je vous laisse. Prince, n'oubliez pas mes paroles.

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