‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 442 sur 560 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MARIE , Madame de FERRIÈRES , ÉMELINE , SAINT-SURIN, M. de FERRIÈRES, puis un DOMESTIQUE.

ÉMELINE.

Ali ! madame , je vous en prie , ne refusez pas de me conduire demain au bal!... Ma toilette est toute prête et si jolie!...

SAINT-SURIN

Vous refuser !... cela est-il possible? Et d'ailleurs, madame ne doit-elle pas aimer le bal pour son propre compte ?

MADAME DE FERRIKRES.

M. de Saint-Surin oublie que j'ai passé dix ans dans la retraite ; (jue j'y ai perdu le j^oûtdos llatteries, et que la mère d'un jeune bonime de vinj^t ans peut conduire au bal une jolie personne confiée à ses soins ,

mais qu'elle n'y trouve plus aucun plaisir pour elle. Et puis , nous y étions hier, et c'est bien souvent, ma chère Émeline.

UN DOMESTIQUE, entrant, et s'adressant à M. de Ferrières.

Monsieur , c'est le domeslique de M. Dalbreuse. M. DE FER1Uî:rES , soitant de sa rêverie, et se levant.

Ali !... je sais... Donnez.

LE DOMESnnrE , àdemi-voii.

Trois cents louis que M. Dalbreuse doit à monsieur, d'hier au soir.

M. DE FERRIÈRES

C'est bien.

( U ]iivn(l tiii rouleau des mains du doine<tii|ue , qui se retire.)

MARIE , à part , les yeux fués sur M. de Ferriires. Encore !... Ah ! je ne me trompe pas ! M. DE FERRIÈRES, mettant le rouleau dans sa poche, el te mitant à la conversation.

Vous aimez le bal , Émeline ?

ÉMELINE.

Jai encore sur mon ag:euda onze contredanses promises.

SAlNT-SURIN.

Et le galop avec moi.

MADAME DE FtRRIÈRES, regardant son mari , qui est retombé daus sa lêverie.

Nous verrons.

ÉMELINE.

Oh ! vous consentirez !

MADAME DE FERRIÈRES

Et cette chère Marie , restera- t-elle encore seule ?

ÉMELINE.

Mais aussi , conçoit-on qu'elle soit si insouciante ? Je suis sûre , Marie , que si vous tourmentiez un peu votre père , il vous laisserait venir : un riche manufacturier !... Est-ce qu'il veut vous faire vivre comme une religieuse ?

MARIE

J'ai été élevée à la campagne , vous avez fait votre éducation à Paris , ne vous étonnez donc pas de la différence de nos goûts. Savez-vous qu'il y a dixhuit mois , lorsque monsieur et madame de Ferrières quittèrent leur maison de campagne , située près de celle de mon père , pour se fixer à Paris , moi , je n'y étais jamais venue ?

SAlNT-SURIN.

Pauvre enfant !... Mais comprend-on qu'il y ait des gens qui habitent la province? Et ils croient qu'ils vivent !

MARIE

Mais oui , monsieur. Je vous assure que lorsque monsieur et madame de Ferrières y vivaient avec leur fils Geor.... M. Georges , qui voyage depuis deux ans, on s'y amusait Lien!... Mais quand ils l'eurent quittée pour venir habiter ce bel hôtel, alors... oh ! alors le pays me parut si triste que je n'eus pas de repos que mon père n'eût loué aussi un appartement à Paris, tout près d'ici!... Et pourvu que ma bonne amie me permette de venir tous les jours passer quelques heures avec elle , je suis contente !... Je n'ai besoin ni de bals , ni de fêtes ; je m'y ennuie.

ÉMELINE.

S'ennuyer au bail... Marie, vous n'êtes pas raisonnable. {A madame de Fer lières.) Ainsi, nous y allons demain soir ?

M. DE FERRIÈRES, sortant de sa rêverie. Demain soir !... Mais cela ne se peut pas ; j'attends ici nombreuse compagnie.

MADAME DE FERRIÈRES

Ml!...

EMELINE.

Et dansera-t-on ?

M. DE FERRIÈRES

Sans doute. ( A sa femme. ) Est-ce que je ne vous l'avais pas déjà dit , chère amie ?

MADAME DE FERRIÈRES

Non.

Pardonnez ! je suis quelquefois distrait.

MADAME DE FERRIÈRES

Il est vrai ; mais cet oubli est réparable : les fêtes , les dîners , les soirées se succèdent chez vous de manière à ce que nos gens soient habitués à ces apprêts.

SAINT-SURlN.

Aussi votre maison est une de celles où l'on reçoit le mieux. C'est à qui obtiendra l'honneur de se faire présenter chez vous!... La haute considération dont vous jouissez dans le monde...

M. DE FERRIÈRES

( Sa figure s'épanouit. ) On parle de moi , M. de Saint-Surin?

SAINT-SURIN

Avec les plus grands éloges I ainsi que de madame.

M. DE FERRIÈRES

Ah!... jamais on ne dira assez de bien de cette bonne et généreuse amie !... Si vous saviez ce qu'elle fut pour moi dans mes malheurs?... Mais vous disiez...

SAINT-SURIN

L'estime qui s'attache à votre nom a fait souhaiter à un de mes amis...

MARIE , à part.

Encore un!...

M. DE FERRIÈRES

Amenez, amenez, M. de Saint-Surin! Je n'ai qu'à me louer de toutes les personnes que vous m'avez présentées , et , je l'avoue , cette foule qui se presse dans mes salons me fait plaisir à voir.

(Madame de Ferrières le regarde tristement.)

SAINT-SURIN

Oui , les bals , l'opéra , le bois de Boulogne , de jolies femmes et des chevaux anglais , voilà toute la vie.

UN DOMESTIQUE, annonçant.

M. Dubourg.

M. DE FERRIÈRES , i part.

Ah I quel ennui !

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