‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 456 sur 560 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉMELINE , MARIE , entrant par la porte du milieu.

ÉMELINE.

Pourquoi ce mystère , ma chère Marie , quand c'est une amie qui vous interroge, et qui veut s'occuper de votre bonlieur.

MARIE

Que dites-vous , Emeline?

ÉMELINE.

M. de Saint-Surin a confiance en moi; vous êtes un riche parti ; tout peut s'arranger.

MARIE , souriant.

Quoi!... vous iriez demander quelqu'un en mariage pour moi?... Quelle folie !

ÉMELINE.

Ah ! l'orgueil se révolte !... Je devine; vous êtes blessée que M. de Saint-Surin ait eu l'air de songer à moi.

MARIE

Non , ma chère Emeline , je trouve naturel qu'on vous préfère à la simple Marie ; mais ce qui me fâcherait, ce que je ne vous pardonnerais pas, ce serait de vous voir me compromettre vis-à-vis d'un jeune homme que je ne veux ni ne peux épouser.

ÉMELINE.

Pourquoi donc?... vous l'aimez.

MARIE, souriant.

Moi!... je l'aime!...

ÉMELINE.

S'il a pensé à in offrir son hommage quand il ignorait mes engagements , ses vœux se tourneront sans peine vers vous , et il ne faut pas refuser le bonheur par une fierté mal entendue.

MARIE

Le bonheur!.,.

EMELINE.

rs"ai-je pas surpris plus d'une fois vos grands yeux noirs pleins de larmes? N'est-ce pas là ce secret qui ^ ous faisait rêver si profondement ? Pourquoi feindre avec moi? Nos deux mariages pourraient se faire le même jour ; nous aurions la même corbeille , les mêmes bijoux!... Vous êtes plus riche que M. de Saint-Surin ; mais , à en juger par le train de M. de Ferrières, Georges est plus riche que moi; alors nous serions dans la même situation.

MARIE

Oh!... la fortune de Georges!...

ÉMELINE.

Est-ce que vous pensez à la fortune, Marie? M. de Saint-Surin en a moins que vous sans doute , mais qu'importe ? Il me semble que , si j'étais à votre place, j'épouserais Georges, moi, quand même il serait pauvre.

MARIE

Vous l'épouseriez sans fortune?

ÉMELINE.

Non , pas dans la situation où je suis , car je n'ai que cent mille francs pour tout bien , et ce n'est pas assez.

Ainsi, pour que vous acceptiez sa main aujourd'hui , il faut qu'il soit riche ?

ÉMELINE.

Je le préfère à tout autre : mais que voulez-vous ? De notre temps on voit le positif de la vie. Les leçons des personnes qui ont pris soin de mon enfance ne sont point perdues pour moi.

Al H de Léocadie.

Aujourd'hui, maigre m.T jeunesse, Je me souviens de leur discours; Us m'ont dit souvent : la riclicsse Est un besoin de tous les jours;

Des passions les rêves sont bien courts!

Lorsque vient le moment funeste

Où l'illusion s'envola,

L'amour fuit , la pauvreté reste...

Etjai peur, moi, j'ai peur de ce moment-là!

Mais vous , Marie , vous avez sur le monde des idées moins exactes!...

MARIE , riant.

Vous verrez que , de nous deux , elle s« croira la plus raisonnable.

ÉMELINE.

Certainement.

Vous avez une fureur matrimoniale qui me fait peur.

ÉMELINE.

Tenez, voici madame de Ferrières : je suis sûre qu'elle sera de mon avis.

MARIE

Pas un mot de cela , je vous en conjure.

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