‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 458 sur 560 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Madame de FERRIÈRES , M. de FERRIÈRES , entrant par la porte à gauche de la grande porte du fond.

MADAME de FERRIÈRES.

Mon ami!...

M. de FERRIÈRES.

Ah ! c'est vous , ma chère ! . . .

MADAME DE FERRIÈRES

Oui , je voudrais causer un instant avec vous.

M. DE FERRIÈRES

Je suis à vos ordres.

MADAME DE FERRIÈRES

N'est-il pas singulier qu'il me faille chercher et demander un moment d'entretien , tant le monde nous sépare !

M. DE FERRIÈRES

Il ne m'empêche pas de vous retrouver toujours avec joie.

MADAME DE FERRIÈRES

Eh bien! mon ami, je vous l'avouerai, depuis longtemps, j'éprouve le besoin d'avoir avec vous une explication.

M. DE FERRIÈRES, un peu troublé.

Une explication!...

MADAME DE FERRIÈRES

Oui : tout n'est pas ici comme cela devrait être.

M. DE FERRIÈRES

Que voulez-vous dire ?

MADAME DE FERRIÈRES

Au milieu de ces plaisirs qui vous entourent , et que vous recherchez avec avidité , perce par moments une sombre tristesse.

M. DE FERRIÈRES

Moi , triste !... non ! Le souvenir de longs malheurs a peut-être laissé quelques traces.

MADAME DE FERRIÈRES

Mon ami!...

AIR de l' Angélus.

Dans cet asile où la douleur Haliitait avec l'infligence, Nous devions parfois du bonheur Au charme de la confiance ; Alors , vous cherchiez ma présence'.

Quelle différence aujourd'hui :...

Vous semble/ éviter ma vue !

Pourquoi le bonheur a-t-il fui Quand la richesse est revenue ?

M. DE FERRIÈRES

Le bonheur?... Ah! je veux le ramener près de vous!... L'éclat, le luxe, les fêtes, tout ce qui peut embelUr la vie , demandez!... vous l'obtiendrez de moi.

MADAME DE FERRIÈRES

Vous souvenez-vous de notre pauvre maison des champs ?

M. DE FERRIÈRES

Comment oublier ces jours de vos sacrifices et de votre dévouement? Quand j'eus perdu tout ce que je possédais, quand vous vendîtes jusqu'à vos bijoux pour remplir les obligations que j'avais contractées.

MADfVME DE FERRIÈRES.

Ce n'est pas cela que je veux rappeler, mon ami !... Sous notre toit de chaume , comme dans le château de vos ancêtres , vous fûtes noble , plein d'honneur et de courage ; moi , je n'eus aucun mérite , car je vous aime , et je trouvais dans votre tendresse le prix de mes sacrifices. Cette communication habituelle de toutes nos pensées, cet abandon sans réserve qui fait le charme de l'intimité, cela remplace bien l'opulence... Mais, maintenant vos affaires, vos actions de chaque jour , j'ignore tout! Nous sommes devenus pour ainsi dire , étrangers l'un à l'autre.

M. DE FERRIÈRES

Oh!., cela n'est pas , cela ne peut pas être.

MADAME DE FERRIÈRES

Le monde et ses plaisirs , vos distractions pendant les courts instants (jue nous passons ensemble , vous ont empêché de voir quel chagrin mon cœur renferme.

M. DE FERRIÈRES

Des chagrins!... vous à qui je dois tant d'années de bonheur! Vous que j'avais épousée dans l'opulence, qui aviez vécu dans le luxe , à quelle misère mes prodigalités vous avaient réduite !

MADAME DE FERRIÈRES

Ne parlons plus de cela.

M. DE FERRIÈRES

Oh ! oui; parlons des maux affreux qu'engendre la pauvreté, alin que notre richesse présente ait toute sa valeur à nos yeux! I\'est-il pas vrai que l'or est indispensable au bonheur?... Si vous saviez comme je le regrettais!... combien je souffrais!...

MADAME DE FERRIÈRES

Eh bien?...

M. DE FERRIÈRES, d'un ton plus tranquille.

Vous me pardonneriez de jouir peut-être avec trop d'ivresse de ces premiers moments où le monde m'est r'ouvert : vous verriez que cette vie agitée peut m'occuper sans nuire à ma tendresse pour vous ; vous sauriez que cette fortune , je l'aime surtout parce qu'elle vous donne ce que vous pouvez désirer , parce que vous et mon fils vous serez heureux.

MADAME DE FERRIÈRES

Mais, cette fortune même, je ne la connais pas, et....

M. DE FERRIÈRES

D'ennuyeux détails ne sont pas faits pour vous ; je veux que vous n'en ayez que les plaisirs.

MADAME DE FERRIÈRES

J'étais donc injuste de me plaindre? Je suis toujours votre amie ?

M. DE FERRIÈRES

Ma seule amie !

MADAME DE FERRIÈRES

"Sous me pardonnerez une inquiétude ([ue ma tendresse doit excuser : désormais , mon ami , je m'en rapporterai entièrement à vous ! Je craignais, j'en conviens , que vos dépenses n'allassent au-delà de vos revenus; vous ne savez pas calculer], et j'avais peur. M. DE FERRIÈRES , avec un certain trouble.

Ne craignez rien !... non , non !... ne vous inquiétez plus.

MADAME DE FERRIÈRES

Quel bruit?... C'est, je crois, la voix de monsieur Dubourg.

M. DE FERRIÈRES

C'est toujours ainsi qu'il s'annonce.

MADAME DE FERRIÈRES

Il est notre ami.

M. DE FERRIÈRES

C'est un parvenu fort ennuyeux, et quelquefois bien offensant.

MADAME DE FERRIÈRES

Lui! vous offenser !... ,

ÂûO

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