‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 85 sur 560 · DORI.V · texte numérisé non relu

DORI.V

Marchons.

FIESQUE

N'avancez pas dans ce palais perlide !

DORIA

Quel langage ?

FIESQUE

Il faut fuir une fête homicide , Le temps presse.

DORIA

Comment ?

FIESQUE

La mort est sous vos pas.

DORIA

Fiesque!..

FIESQUK.

Fiesque à l'instant jurait votre trépas !

DORIA

Qu'entends-je ?

FIESQUE

Ecoutez-moi : trop longtemps opprunée, Gêne pleurait sa gloire, et Gène s'est armée ; Son amour, vous cherchant jadis au champ d'hoimeur, Au chef de ses guerriers confia son bonheur ; Quel est son sort? le deuil, l'opprobre et l'esclavage ! L'insolent Africain profane son rivage , INos exploits sont perdus , nos lauriers sont flétris , Au dedans , la misère ; au dehors le mépris ! Savez-vous par quels vœux, quels forfaits, quels parjures Octavio prélude à ses grandeurs futures ? Lui, gouverner ! jamais; ses fureurs aujourd'hui Placent un mur d'airain entre le trône et lui ; Gêne entière se lève en maudissant ses crimes, Elle a fhoisi son maître et marqué ses victimes !... Les moments nous sont chers, ne m'interrompez pas! Mille ennemis secrets environnent vos pas , Ils ont proscrit le doge ! Un serment sanguinaire M'ordonne de frapper sa tète octogénaire ; De qui le sauverait le trépas est juré !

DORIA

Oui t'arrête ?

FIESQUE

A ma foi Doria s'est livré; Il pouvait , condamnant et Fiesque et ses complices , Au récit d'un esclave , armer tous les supplices ; Il épargna mon sang, j'épargnerai le sien. Qu'on frappe ! je vous sauve et ne vous dois plus rien; Partez : quelques soldats , protégeant votre fuite , De vos fiers ennemis tromperont la poursuite. Quittez Gêne à l'instant.

DORIA

Insensé ! que dis-tu ?

Sous le fardeau des ans tu me crois abattu. Ces Génois révoltés , qui m'osent méconnaître , Vont , sous des cheveux blancs , trouver encor leur maître 1 Par quatre-vingts hivers mon bras est affaibli ; Mais , au bord du cercueil , mou cœur n'a pas vieilli; Je suis ce Doria dont les mers étonnées Ont respecté les lois durant cinquante années ! Je n'accepterai point un indigne secours. Moi , fuir ! égorge-moi ; je t'ai livré mes jours ; Un ami généreux à ta foi s'abandonne ; Va, couvert de son sang, mendier sa couronne; Demande à tes amis le prix de mon trépas ; Frappe , je suis sans arme , et je ne fuirai pas ! Riais non ! près de trahir mon amitié crédule, A l'aspect il'un forfait , Fiesque troublé recule !... Eh bien ! que mon honneur me rende à ses soldats , Et qu'il vienne , s'il l'ose , au milieu des combats , Me disputer l'amour et le sceptre de Gêne !

Vos soldats ! malheureux! leur valeur serait vaine; Vous mourrez.

DORIA

Que t'importe? ouvre-moi le chemin ; Que je meure du moins les armes à la main.... Mais que dis-je? tu sais que ma garde fidèle Châtierait à ma voix une foule rebelle ; Qu'en loyal chevalier me rendre son secours , C'est exposer ton crime et hasarder tes jours ; Tu ne l'oseras pas,

FIESQUE

J'y consens.

DORIA

Je t'estime.

FIESQUE

Que le sort des combats choisisse la victime. C'en est fait , l'un de nous demain aura vécu ; Mais le doge , en grandeur, ne m'aura pas vaincu ! Soldats !... C'est Doria que Fiesque vous confie. (Des soldats entrent )

FIESQUE. - ACTE IV

Accompagnez ses pas et veillez sur sa vie ;

Aux soins de ses guerriers livrez ses cheveux blancs;

Vos jours en répondront.

DORIA

Je pars , et Je t'allends.

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