‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 9 sur 560 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

ALMODAN , RAYMOND.

ALMODAN.

De mou ordre par toi ce clirélien averti

Sail qu a l'entendre encor ma haine a consenli ?

RAYMOND

Oui, «oudan ; devant loibientôl il va paraître.

ALMODAN.

L'espoir de me Hécliir l'abuse encor peut-être ; Mais ma haine avec lui n'admet point de traités. Quoi ! visir, j'aurai vu ces chrétiens détestés , Du fond de l'Occident vomis sur ce rivage , Porter dans mes états la flamme et le ravage ; Leur chef, qu'à ma fureur je devrais immoler , Sur mon trône un instant m'aura fait chanceler ; Et quand mon intérêt m'ordonne la vengeance , Je i)Ourrais , n'écoulant qu'une aveugle indulgence , Du passé qui m'éclaire oubliant les leçons , De ces soldats clrrétiens accepter les rançons !, Ils reviendraient bientôt , et la route est frayée. Je veux enfin apprendre à l'Europe effrayée Quels périls désormais attendent ses enfants , S'ils osaient reparaître aux bords que je défends. Le sort entre eux et nous a posé des barrières ; Que vers une autre plage ils portent leurs bannières : Ces champs où le soleil darde ses premiers feux , Ces climats embrasés ne sont point faits pour eux. L'Europe à ces Français ne peut-elle suffire ? Dans l'antique Orient quel espoir les attire ? Quelssont donc leurs desseins? et que prétend leur roi? Veut-il forcer le >.il à couler sous la loi ? u A Y. MO. M).

L'Asie . à tant de maux par les chrétiens livrée ,

l'iccèle de leur I)ifMi la tombe révérée :

Là tendent tous k-jus vonix , et, poiu- la conipiérir ,

Au-devant des dangers tu les as vus courir.

Tu connais leur monanpie et l'ardeur (pii l'aniuie.

AI.MODAN.

iN'c crois pas «piil renonce ù soumelUe Solinie ;

Dans son âme en secret il nourrit cet espoir.

Pour le juger, visir, il a fallu le voir ,

Lorscpi'à nos yeux surpris déployant ses bannières,

Il guida vers nos bords les phalanges guerrières

Qui viennent sur ses pas conquérir un tombeau.

Le front calme, Louis, debout sur son vaisseau ,

Des chevaliers français échauffait le courage,

Et son glaive étendu leur montrait le rivage.

Là , mes soldats armés attendaient les chrétiens.

Ce prince, tout à coup emporté loin des siens ,

S'élance ; chacun fuit ! en ce désordre extrême ,

Le dirai-je ? étonné je recule moi-même !

Je ne sais de quel feu s'animaient ses regards.

Enfin , de mes guerriers fuyant de toutes parts,

Je voulus dissiper les honteuses alarmes ;

Vains efforts ! loin de soi chacun jetait ses armes :

Ma voix contre Louis ne put les raUier ;

Ils croyaient voir un Dieu prêt à les foudroyer.

Penses-tu qu'un revers suffise pour fabattre ?

Convaincu que son Dieu l'arma pour nous combattre,

Il m'attaque demain, s'il est libre aujourd'hui ;

Et même son vainqueur doit tout craindre de lui :

Un cœur tel (pie le sien ne connaît point d'obstacles ,

Et la volonté ferme enfante les miracles.

Louis est mon cajdif, le sort me l'a livré ;

Pourcpioi mettre au hasard un triomphe assuré ?

La fortune est fidèle à celui qui l'enchaîne ;

Négliger ses faveurs, c'est mériter sa haine.

RAYMOND

Je l'entends. Mais, dis-moi, ne redoutes-tu rien ? Penses-tu qu'aujourd'hui ce prince syrien Qui , sous tes étendarils rappelant la victoire , A sauvé ton empire, et l'a rendu ta gloire , Au succès de tes vœux ne va point s'opposer ? On doit quelques égards à qui peut tout oser : Le soldat le chérit, et le peuple l'honore ; Ce peuple qu'il égare osa naguère encore , Plaignant ses ennemis et respectant leur roi , r^n murmures confus éclater conlre toi.

De JNouradin sur lui tu vois (piel est l'empire , Tu sais quels sentiments au soldat il inspire :

LOUIS IX. — ACTK 11.

Chaque jour il retrace à ses yeux éblouis La valeiu" des Franrais, les vertus de Louis ; El dès (|u'il apprendra ce ([ue résout ta haine . A s'armer conlre loi Je crains ([u'il ne l'cnlraine.

ALIWODAIN.

Lui s'armer contre moi !

RAYMOND

Tremble de l'offenser !

ALMODAN.

Son bras soutint mon trône.

UWMOiND.

11 peut le renverser.

ALMODAN.

( )ui, jusque-là peut-être il porterait l'audace. Son orgueil, à la fin, et m'irrite et me lasse : Au jour de mes nuiilieurs il m'offrit son a[>pui ; Mais dois-je ne penser et n'agir que par lui ? Chacun respecte ici ma volonté suprême ; .le pourrais à llcchir le contraindre lui-même, Et je ne prétends pas, nial^nx* tous ses ex|)loits , (Ju'au milieu de ma cour il me dicte des lois.

RAYMOND

Fais plier son orgueil, mais songe à son courage.

ALMODAN.

J'honore qui me sert, je piuiis cpii m'outrage.

Tes discours dans mon cœur réveillent mes soupçons.

De tous ces vils chrétiens adoptant les leçons.

Pour leur maître, pour eux, ilmontre un zèleextrême;

Ami des chevaliers, et chevalier lui-même ,

Tous les jours, de ce titre il se pare à mes yeux ;

Et sans doute, abjurant la foi de ses aïeux ,

En ce moment , visir, l'inlidèle s'apprête

A quitter, pour la croix, l'étendard du prophète.

RAYMOND

Tu dois le ménager.

ALMODAN.

.le brave son courroux.

RAYMOND

.l'entends du bruit ; on vient.

ALMODAN.

C'est Loui-;. Laisse-nous.

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