‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 103 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

heureuse. Enfin, s'il n'était pas mon fils, ce serait une passion

insensée

Mademoiselle de Vaudrey.

Vous vous serez perdue !

La Duchesse.

Oui, peut-être ! On a dû nous observer : une force irrésistible m'entraînait, je ne voyais que lui, je voulais qu'il me parlât7, et il m'a parlé, et j'ai su son âge : il a vingt-trois ans, l'âge de Fernand !

Mademoiselle de Vaudrey.

Mais le duc était là ?

La Duchesse.

Ai-je pu songer à mon mari8 ? J'écoutais ce jeune homme, qui parlait à Inès. Je crois qu'ils s'aiment.

Mademoiselle de Vaudrey.

Inès, la prétendue de votre fils9 le marquis ? Et pensez-vous que le duc n'ait pas été frappé de cet accueil fait à un rival de son fils?

La Duchesse.

Vous avez raison, et j'aperçois maintenant à quels dangers Fernand est exposé. Mais je ne veux pas vous retenir davantage, je vous parlerais de lui jusqu'au jour. Vous le verrez. Je lui ai dit de venir à l'heure où Monsieur de Montsorel va chez le roi, et nous le questionnerons sur son enfance10.

Mademoiselle de Vaudrey.

Vous ne pourrez dormir, calmez-vous, de grâce... Et d'abord renvoyons Félicité, qui n'est pas accoutumée à veiller.

Elle sonne.

Félicité, entrant.

Monsieur le duc rentre avec Monsieur le marquis.

138 vautrin, ii.

La Duchesse.

Je vous ai déjà dit, Félicité, de ne jamais m'instruire de ce qui se passe chez Monsieur. Allez.

Je n'ose vous enlever une illusion qui vous donne tant de bonheur ; mais quand je mesure la hauteur à laquelle vous vous élevez, je crains une chute horrible : en tombant de trop haut, l'âme se brise aussi bien que le corps, et laissez-moi vous le dire, je tremble pour vous.

La Duchesse.

Vous craignez mon désespoir, et moi, je crains ma joie.

Mademoiselle de Vaudrey, regardant la duchesse sortir. Si elle se trompe, elle peut devenir folle11.

La Duchesse, revenant.

Ma tante, Fernand se nomme Raoul de Frescas.

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