‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 201 sur 632 · prologue, scène · texte numérisé non relu

prologue, scène

Joseph Binet.

J'ai entendu quelque chose comme une voix d'homme... la voix monte...

Paméla.

Dam ! alors elle descend peut-être, voyez dans l'escalier61.

Joseph Binet.

Oh ! je suis sûr...

Paméla.

De rien...

Joseph Binet.

La femme est un être menteur.

Paméla.

Allez-vous recommencer62 ? Laissez-moi, Monsieur, je veux être seule.

Joseph Binet.

Avec une voix d'homme.

Paméla.

Vous ne me croyez donc pas.

Mais j'ai parfaitement entendu.

Paméla.

Rien.

Joseph Binet.

Ah ! Mademoiselle.

Paméla.

Eh si vous aimez mieux croire les bruits qui vous passent par les oreilles que ce que je vous dis, vous ferez un fort mauvais mari.

C'est bien, j'en sais maintenant assez sur votre compte63, sur votre caractère et sur vos mœurs. Vous seriez insupportable avec vos voix et vos idées. Ah ! mais croyez-vous que je veuille me laisser tyranniser, je ne serais pas la maîtresse chez moi, je trouverais en vous un tyran domestique, un homme qui s'occuperait de tout ce qui ne le regarderait point64.

Joseph Binet.

Je sais bien que les voix ne me regardent pas, mais ça frappe les oreilles et l'esprit65.

Paméla.

L'esprit, vous en avez donc, eh ! bien66 faites-moi le plaisir de comprendre ce que je viens de vous dire tout à l'heure67 que je ne vous aime point, et que je ne vous épouserai jamais.

Joseph Binet.

Rapport à la voix, c'est donc ici comme à la chambre, une voix de plus ou de moins changent68 toutes les affaires.

Paméla.

Eh bien, oui, Monsieur Joseph Binet, premier garçon de Monsieur Morel, vous ne vous trompiez pas69, vous avez entendu70 la voix d'un jeune homme71 qui m'aime et qui fait tout ce que je veux, il disparaît72 quand il le faut et il vient à volonté73. Eh bien, qu'attendez-vous. Croyez-vous que s'il est ici, votre présence nous soit agréable... allez demander à ma mère et à mon père quel est son nom, il a dû leur dire en montant, lui et sa voix.

Joseph Binet.

Mademoiselle Paméla, pardonnez à un pauvre garçon qui est fou d'amour74, ce n'est pas le cœur que je perds, mais la tête aussitôt qu'il s'agit de vous75. Ne sais-je pas que vous êtes aussi sage que belle, que vous avez dans l'âme76 encore plus de trésors que vous n'en portez, que c'est un vrai miracle dans Paris d'y rencontrer une enfant comme vous, vous donnez à votre père et à votre mère tout ce que vous gagnez, vous vous refusez même

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