ANTOINE, JUSTINE
Justine.
Eh bien, Antoine, avez-vous lu les journaux.
Antoine.
N'est-ce pas une pitié que nous autres domestiques, nous ne puissions savoir ce qui se passe relativement à Monsieur Jules que par les journaux.
Justine.
Mais Monsieur, Madame et Mademoiselle du Brocquard1 ne savent rien, Monsieur Jules a été pendant trois mois... comment ?... ils appellent cela être au secret2.
Antoine.
Les journaux ne disent pas grand'chose, les journaux de l'opposition se lamentent et disent : mais, ça ne s'est jamais vu ! l'on ne traite pas les citoyens comme ça, il n'y a pas plus de conspiration que sur ma main, et c'est la police qui a tout fait ! agents provocateurs... etc. Les autres disent : les fauteurs de troubles,
vous verrez ; il s'agissait de faire sauter les Thuileries et la famille royale, de ramener Vautre3.
Justine.
Ainsi, les uns disent oui les autres disent non, c'est quelquefois la même chose.
Antoine.
Oui pour vous autres filles, mais dans les journaux ?
Justine.
Eh bien, dans les journaux ?
Antoine.
Eh bien, les journaux sont un peu comme vous autres. Ils ne savent ce qu'ils disent ; mais ils sont tous d'accord sur un point, c'est que l'affaire commence demain à la Cour d'x\ssises.
Justine.
Je le pensais4, Madame et Mademoiselle du Brocquard sa sœur sont dans une affliction, elles ont passé la nuit sans se coucher, et Madame peut à peine dire deux paroles, oh si son fils meurt sur l'échafaud, elle n'ira pas loin. Dire qu'un jeune homme qui n'avait qu'à s'amuser, qui devait un jour avoir les vingt mille livres de rentes de sa tante, et la fortune de ses père et mère, qui va bien au double, se soit fourré dans une conspiration.
Je l'en estime, car c'était pour ramener Vautre5. Faites-moi couper le cou si vous voulez... Nous sommes seuls, vous n'êtes pas de la police, Vive l'Empereur.
Justine.
Taisez-vous donc, vieille bête. Si l'on vous entendait, on vous arrêterait.
Antoine.
Eh bien, j'aime mieux m'arrêter auparavant6 ! Vive le Roi... d'Italie.