ACTE I, SCÈNE
DUPRÈ.
Je ne dis jamais à qui que ce soit de faire quoi que ce soit, car j'ai toujours vu qu'on recevait un bon avis presque comme une offense. Nous vous connaîtrons à l'œuvre...
Madame Rousseau.
Enfin Monsieur, qu'il soit permis à une mère au désespoir de vous supplier de faire tout...
Duprè.
Hé bien, Madame, tout à l'heure, votre fils était perdu, maintenant, je le crois, il peut être sauvé.
Madame Rousseau.
Que faut-il faire ?
Mademoiselle du Brocquard.
Que demandez-vous ?
Monsieur Rousseau.
Comptez sur nous, nous vous obéirons.
Duprè.
Je le verrai bien. Voici mon plan86, et il triomphera devant les jurés. Votre fils avait une petite intrigue de jeune homme avec une grisette, une certaine Paméla Giraud, une fleuriste, fille d'un portier.
Mademoiselle du Brocquard.
Des gens de rien.
Duprè.
Aux genoux desquels vous allez être ; car si la jeune fille avoue que pendant la nuit où le ministère public prétend que votre fils conspirait au complot, il était chez elle, si le père et la mère pressés de questions avouent le fait, si le rival de votre fils auprès
de Paméla le confirme... Enfin, laissez-moi faire... Entre une tête à couper et un alibi, dans une affaire politique, les jurés choisissent l'alibi87.
Madame Rousseau.
Oh ! Monsieur, vous me rendez la vie88...
Monsieur Rousseau.
Monsieur, notre reconnaissance est éternelle...
Duprè.
Quelle somme dois-je offrir à la fille, au père à la mère...
Ils sont pauvres.
Duprè.
Très-pauvres, mais cette jeune fille est belle, elle est peut-être sage89.
Monsieur Rousseau.
Oh ! c'est bien difficile.
Duprè.
Mais enfin, sage ou non, dans les deux cas, ce sera bien certainement une rosière et il s'agit de son honneur...
Mademoiselle du Brocquard.
Une fleuriste.
Duprè.
Ce ne sera pas cher90...
Monsieur Rousseau.
Que pensez-vous91.
Duprè.
Je pense que vous marchandez déjà la tête de votre fils.