MONOLOGUE DE RICHARD
Ils lui ont appris à lire et à écrire, elle a quitté son père ! ah çà ils croyent donc qu'on remplace une fille, que ça s'achète... oui, ça s'achète par l'amour le plus imbécile93... et voilà ma récompense. Où est ma fille, je la veux...
Mon bien, mon seul trésor, mon âme, mon absolution devant Dieu... Oh il y a un Dieu ! Mon Dieu, fais que je retrouve ma fille, j'irai à la messe, je ne boirai plus, je me corrigerai de mes vices, je serai riche comme Crésus, je ferai des cierges de marqueté94
pour l'Église... gratis... Pauvre enfant, mon Dieu tu as été père... écoute un père, un père au désespoir... pater noster qui es in cœlis !... Oh je l'aurai quand je devrais brûler Paris et mourir sur l'échafaud... J'irai car celui qui me l'a enlevée ne mourra que de ma main ! S'il y a un cheveu de dérangé sur sa tête, si... oh95... je le bûcherai96 avec ma hache du deux septembre... allons, voilà que je dis ce que tout le monde ignore... je suis fou ! Quand je pense qu'elle était là... ma fille ! Elle a chanté ce matin, elle m'a fait mon déjeuner, elle m'aime, je le sais... Pour qu'on l'ait emmenée il faut qu'on l'ait abusée...
Un97 jeune homme riche ! une voiture ! Elles sont folles les filles... oui, ma fille n'est pas une fille, c'est un ange — ils disent qu'elle n'est plus là, elle y est... elle y est pour le pauvre père Richard, elle y sera toujours. Ma tête tourne, tourne ! buvons de l'eau98 ! J'y suis, je dis des sottises, à l'action. Pendant que je parle que fait-on de ma fille ! Aller me plaindre ? à qui ? la justice, la police, ça ne va pas assez vite ! La justice, la voilà — la police c'est l'œil de Richard. A moi les amis, nous allons avoir un petit bout de conversation, ces beaux messieurs et moi. Les deux faubourgs99 vont se trouver nez à nez...
On100 a une belle fille, sainte et pure, elle fait toute la joie d'un pauvre homme, on la lui prend. Fais tes meubles, soûle-toi, qu'astu besoin d'une fille ? Ta fille, c'est comme les meubles, on te la payera ! Ah, ventre d'aristocrate !
Ma fille101, ne le savez-vous pas, c'était la bonne vierge, ma religion à moi qui ne croyais à rien. Maintenant je crois en Dieu, car j'ai besoin de lui.