SCÈNE PREMIÈRE
FIRMIN, seul.
Voici donc le jour de la vengeance arrivé, enfin ! ah ! vieux coquin de père Duval autrefois domestique comme moi chez le duc de Drancey, tu es devenu fournisseur de la République, une et indivisible, tu nages dans l'or et tu m'as joué comme un enfant en faisant mettre en ton nom seul le traité des fourrages et tu m'as demandé si j'avais des fonds au moment du partage, à moi qui tout puissant aux Jacobins t'avais fait tout obtenir. Au moment où il allait être arrêté, et... nous avons eu le malheur de perdre l'excellent Monsieur de Roberspierre. Je suis retombé dans la misère2 au moment où je me proposais de dire à mon associé : partageons ou baisse ta tête. En a-t-il fait du chemin depuis ce temps-là. Il a acheté des hôtels, des biens nationaux, il est lié avec Monsieur de Barras. Son fils est l'ami de Madame de Buonaparte. Les citoyens directeurs ne jurent que par lui ! Le voilà dans les secrets du général en chef des armées d'orient qui va tout confisquer à son profit. Il devient un personnage et je suis resté valet de chambre. Je pensais au pouvoir, il pensait à l'argent. Je devais le protéger, il devait m'enrichir3, il n'a plus besoin de moi, et je suis sans un sou. Mais tout va se solder. Il a mis son ambition dans son fils Anatole, un des chefs de la jeunesse dorée, qui s'est fait aristocrate, tandis que le vieux coquin4 a l'air d'être5 républicain. Ils sont malicieux. Nous avons démoli la maison de Drancey, il ne reste
que le jeune duc à Londres, et ici sa sœur qui est protégée par Madame de Buonaparte, mon vieux coquin veut marier Anatole avec Mademoiselle de Drancey à laquelle il rendrait ainsi une partie des biens de la famille dont il s'est rendu acquéreur.... Allez6 mes petits amis, vous trouverez le vieux Firmin dans votre chemin. Déjà trois heures et Anatole n'est pas encore rentré, il sera resté à jouer7 jusqu'au moment d'aller au faubourg. On dit que le général Bonaparte8 n'aime pas les fournisseurs. Je suis enchanté de lui savoir mes opinions9. Les riches reprennent les allures des ci-devant. Ce petit Anatole que j'ai vu, pas plus haut que ça ! se donne les airs de jouer au faubourg Antoine10 une comédie comme feu Monseigneur le duc de Kichelieu l'ami de notre ancien maître. Il se déguise en ouvrier11 et il s'attaque à la fille d'un pur jacobin, à Richard Cœur-d'Éponge. Et bien les citoyens Duval père et fils seront rejacobinifiés. En trois mois, il est devenu bon ouvrier, Anatole. S'il tombe dans la misère, il aura comme dit le citoyen Jean- Jacques Rousseau, sa vie au bout de ses doigts. Ah ! j'entends le jeune écervelé qui revient avec des amis.