‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 337 sur 632 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

QUINOLA

Qui me rapportera plusieurs mines d'or.

Monipodio.

Ne pourrais-je entrer à son service ?

Quinola.

Je compte bien sur ta collaboration ici... Écoute, Monipodio16 ? nous revenons changer la face du monde. Mon maître a promis au roi de faire marcher un des plus beaux vaisseaux, sans voiles, ni rames, contre le vent, plus vite que le vent.

Monipodio, après avoir tourné autour de Quinola. On m'a changé mon ami.

Quinola.

Monipodio, souviens-toi17, que des hommes comme nous ne doivent s'étonner de rien. C'est petites gens18. Le roi nous a donné le vaisseau, mais sans un doublon pour l'aller chercher19 ; nous arrivons donc ici avec les deux fidèles compagnons du talent : la faim et la soif. Un homme pauvre, qui trouve20 une bonne idée, m'a toujours fait l'effet d'un morceau de pain dans un vivier : chaque poisson vient lui donner un coup de dent21. Nous pourrons arriver à la gloire, nus et mourants.

Monipodio.

Tu es là dans le vrai.

A Valladolid22, un matin, mon maître, las du combat, a failli partager avec un savant qui ne savait rien... je vous l'ai mis à la porte avec une proposition en bois vert que je lui ai démontrée, et vivement.

Monipodio.

Mais comment pourrons-nous23 gagner honnêtement une fortune ?

QUINOLA

Mon maître est amoureux. L'amour fait faire autant de sottises que de grandes choses ; Fontanarès a fait les grandes choses, il pourrait bien faire les sottises24. Il s'agit, à nous deux, de protéger notre protecteur. D'abord, mon maître est un savant qui ne sait pas compter...

Monipodio.

Oh ! prenant un maître, tu l'as dû choisir...

Quinola.

Le dévouement, l'adresse valent mieux pour lui que l'argent et la faveur ; car, pour lui, la faveur et l'argent seront des trébuchets. Je le connais : il nous donnera ou nous laissera prendre de quoi finir nos jours en honnêtes gens.

Monipodio.

Eh ! voilà mon rêve.

Quinola.

Déployons donc, pour une grande entreprise, nos talents jusqu'ici fourvoyés Nous aurions bien du malheur si le diable

s'en fâchait25.

Ça vaudra presque un voyage à Compostelle. J'ai la foi du contrebandier : je tope.

Quinola.

Tu ne dois pas avoir rompu avec l'atelier des faux monnoyeurs, et nos ouvriers26 en serrurerie.

Monipodio.

Dam ! dans l'intérêt de l'État...

Quinola.

Mon maître va faire construire sa machine, j'aurai les modèles de chaque pièce, nous en fabriquerons27 une seconde....

Quinola ?

Eh bien ?

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