‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 344 sur 632 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MONIPODIO, MARIE, FONTANARÈS55.

Marie.

Est-ce bien lui ?

FONTANARÈS.

Oui, Marie, et j'ai réussi, nous serons heureux.

Ah ! si vous saviez combien j'ai prié pour votre succès.

J'ai des millions de choses à vous dire ; mais il en est une que je devrais vous dire un million de fois pour tout le temps de mon absence.

Marie.

Si vous me parlez ainsi, je croirai que vous ne savez pas quel

est mon attachement : il se nourrit bien moins de flatteries que de tout ce qui vous intéresse.

FONTANARÈS.

Ce qui m'intéresse, Marie, est d'apprendre, avant de m'engager dans une affaire capitale56, si vous aurez le courage de résister à votre père qui, dit-on, veut vous marier.

Marie.

Ai-je donc changé ?

FONTANARÈS.

Aimer57, pour nous autres hommes, c'est craindre : vous êtes si riche, je suis si pauvre ! On ne nous tourmentait point en me croyant perdu, mais nous allons avoir le monde entre nous. Vous êtes58 mon étoile ! brillante et loin de moi. Si je ne savais pas vous trouver à moi au bout de ma lutte, oh ! malgré le triomphe, je mourrais de douleur59.

Marie.

Vous ne me connaissez donc pas60 ? Seule, presque recluse en votre absence, le sentiment si pur qui m'unit à vous depuis l'enfance, a grandi comme... ta destinée ! Quand ces yeux qui te revoient avec tant de bonheur seront à jamais fermés ; quand ce coeur qui ne bat que pour Dieu, pour mon père et pour toi, sera desséché, je crois qu'il restera toujours de moi sur terre, une âme qui t'aimera encore ! Doutes-tu maintenant de ma constance ?

Après avoir entendu de telles paroles, quel martyre n'endurerait-on pas61 ?

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