‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 358 sur 632 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

AVALOROS, SARPI.

Sarpi.

Pauvre vice-roi ! il est le jeune homme, et je suis le vieillard.

Avaloros.

Pendant que votre petite cousine en fait un sot, vous déployez l'activité d'un politique, vous préparez au roi la conquête de la Navarre Française. Si j'avais une fille, je vous la donnerais. Le bonhomme Lothundiaz n'est pas un sot4.

Sarpi.

Ah ! fonder une grande maison, inscrire un nom dans l'histoire de son pays : être le cardinal Granvelle ou le duc d'Albe.

Avaloros.

Oui ! c'est bien beau. Je pense à me donner un nom. L'empereur a créé les Fugger princes de Babenhausen, ce titre leur coûte un million d'écus d'or. Moi, je veux être5 un grand homme... à bon marché.

Sarpi.

Vous ! comment ?

Avaloros.

Ce Fontanarès tient dans sa main l'avenir du commerce.

Sarpi.

Vous, qui ne vous attachez qu'au positif, vous y croyez donc ?

Avaloros.

Depuis la poudre, l'imprimerie et la découverte du Nouveau-

Monde, je suis crédule. On me dirait qu'un homme a trouvé le moyen d'avoir en dix minutes ici des nouvelles de Paris, ou que l'eau contient du feu6, ou qu'il y a encore des Indes à découvrir, ou qu'on peut se promener dans les airs7, je ne dirais pas non, et je donnerais...

Sarpi.

Votre argent ?

Avaloros.

Non, mon attention à l'affaire.

Sarpi.

Si le vaisseau marche, vous voulez être à Fontanarès ce qu'Améric8 est à Christophe Colomb.

Avaloros.

N'ai-je pas là9 dans ma poche de quoi payer dix hommes de génie ?

Sarpi.

Comment vous y prendrez-vous ?

Avaloros.

L'argent, voilà le grand secret. Avec de l'argent à perdre, on gagne du temps ; avec le temps tout est possible ; on rend à volonté mauvaise une bonne affaire ; et, pendant que les autres en désespèrent, on s'en empare. L'argent, c'est la vie ; l'argent, c'est la satisfaction des besoins et des désirs10 : dans un homme de génie, il y a toujours un enfant plein de fantaisies, on use l'homme et l'on se trouve tôt ou tard avec l'enfant : l'enfant sera mon débiteur, et l'homme de génie ira en prison.

Sarpi.

Et où en êtes-vous ?

Avaloros.

Il s'est défié de mes offres, non pas lui ; mais son valet, et je vais traiter avec le valet.

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