ACTE III, SCÈNE
tement chez l'homme13. D'ailleurs vous ne prêtez pas sur les sentiments.
Mathieu Magis.
Il y a des sentiments qui rapportent et des sentiments qui ruinent. Vous êtes animés par la Foi, c'est très beau, mais c'est ruineux. Nous fîmes, il y a six mois, de petites conventions ; vous me demandâtes trois mille sequins pour vos expériences14...
Quinola.
A la condition de vous en rendre cinq mille.
FONTANARÈS.
Eh ! bien ?
Mathieu Magis.
Le terme est expiré depuis deux mois.
Quinola.
Vous nous avez fait sommation, il y a deux mois, et, raide, le lendemain même de l'échéance.
Mathieu Magis.
Oh ! sans fâcherie, uniquement pour être en mesure.
FONTANARÈS.
Eh ! bien, après15 ?
Mathieu Magis.
Vous êtes aujourd'hui mon débiteur.
FONTANARÈS.
Déjà huit mois, passés comme un songe ! Et je viens de me poser seulement cette nuit le problème à résoudre pour faire arriver l'eau froide afin de dissoudre la vapeur16 ? Magis, mon ami, soyez mon protecteur, donnez-moi quelques jours de plus ?
Mathieu Magis.
Oh ! tout ce que vous voudrez.
QUINOLA
Vrai ? Eh ! bien, voilà l'autre homme qui paraît. (A Fontanarès.) Monsieur, celui-là serait mon ami. (A Magis.) Voyons, Magis Deux, quelques doublons ?
FONTANARÈS.
Ah ! je respire.
Mathieu Magis.
C'est tout simple. Aujourd'hui je ne suis plus seulement prêteur, je suis prêteur et co-propriétaire37, et je veux tirer parti de ma propriété.
Quinola.
Ah ! triple chien.
FONTANARÈS.
Y pensez-vous ?
Mathieu Magis.
Les capitaux sont sans foi...
Quinola.
Sans espérance ni charité, les écus ne sont pas catholiques.
Mathieu Magis.
A qui vient toucher une lettre de change, nous ne pouvons pas dire : « Attendez, un homme de talent est en train de chercher une mine d'or dans un grenier ou dans une écurie ! » En six mois, j'aurais doublé mes petits sequins. Écoutez, Monsieur, j'ai une petite famille.
Fontanarès, à Quinola.
Ça a une femme18.
Quinola.
Et si ça fait des petits, ils mangeront la Catalogne.