SCÈNE V
FONTANARÈS, QUINOLA.
Fontanarès.
Ses paroles me glacent.
Quinola.
Et moi aussi ! Les bonnes idées viennent toujours se prendre aux toiles que leur tendent ces araignées-là !
Fontanarès.
Bah ! Encore cent sequins ! et après34 la vie sera dorée, pleine de fêtes et d'amour. (Il boit de Veau.)
Quinola.
Je vous crois35, Monsieur, mais avouez que la verte espérance36, cette céleste coquine, nous a menés bien avant dans le gâchis.
Je ne me plains pas, je suis fait à la détresse37. Mais où prendre cent sequins ? Vous devez à des ouvriers, à Carpano le maître
serrurier, à Coppolus38 le marchand de fer, d'acier et de cuivre, à notre hôte qui, après nous avoir mis ici moins par pitié que par peur de Monipodio, finira par nous en chasser, nous lui devons neuf mois de dépenses39.
FONTANARÈS.
Mais tout est fini !
Quinola.
Mais cent sequins ?
FONTANARÈS.
Et pourquoi, toi si courageux, si gai, viens-tu me chanter ce
de profundis ?
Quinola.
C'est que pour rester40 à vos côtés, je dois disparaître.
FONTANARÈS.
Et pourquoi ?
Quinola.
Et les huissiers donc ? J'ai fait, pour vous et pour moi, cent écus de dettes commerciales, qui ont pris la forme, la figure et les pieds des recors41.
FONTANARÈS.
De combien de malheurs se compose donc la gloire ?
Allons ! ne vous attristez pas. Ne m'avez-vous pas dit qu'un père de votre père était allé, il y a quelque cinquante ans42 au Mexique avec don Cortez : a-t-on eu de ses nouvelles ?
FONTANARÈS.
Jamais !
Quinola.
Vous avez un grand-père ?... vous irez jusqu'au jour de votre triomphe.
FONTANARÈS.
Veux-tu donc me perdre ?