‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 43 sur 632 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

Vautrin, à part.

Je le crois bien. (Haut.) Mais j'ai déjà répondu d'une manière péremptoire au ministre à cet égard.

Saint-Charles, à part.

Voilà qui est fort. (Haut.) Son Excellence ne s'opposerait pas à son mariage s'il expliquait sa position.

Vautrin.

Chère Excellence ! le mariage se fera sans elle !

De Saint-Charles.

Mais enfin, qui est-il ? vous sentez que le duc de Montsorel est un adversaire puissant !

Vautrin.

Que peut-il contre nous ? Frescas est un jeune homme qui doit hériter des mines d'Amoagos y Peral et de las Frescas, cette dernière est aussi riche que celle du marquis de Valenciennes ! et il m'a pris pour intendant, ici même. Quels renseignements veut encore son Excellence ?...

De Saint-Charles.

Il ne croit pas que Monsieur de Frescas soit un être sérieux, il le croit une création, un fantôme !

La princesse d'Arjos32 le prend pour une excellente réalité.

De Saint-Charles.

J'ignorais que les choses fussent aussi avancées ?...

Vautrin.

Tenez, voici ce que la princesse lui écrit : « Mon ami nous serons « heureux et mariés, en dépit de tous, rassurez-vous, je hais le

OCB. T. XXII. th. 2. 5

« marquis de Montsorel de toute l'affection que j'ai pour vous. » Voyez la signature, est-ce un style d'Andalouse ?

De Saint-Charles, à part.

Dans quel péril est la famille de Christoval. Allons, parlons-lui sur un ton à le faire trembler. (Haut.) Monsieur de Frescas vient du Mexique comme vous et moi Monsieur, cessons de nous entortiller dans des mensonges ! il est venu de Sardaigne sur les côtes d'Italie, il parle italien et c'est un aventurier.

Vautrin.

Ah ! je le veux bien, cessons de vouloir nous entortiller de mensonges, disons-nous la vérité33.

De Saint-Charles.

Je vous la paie.

Vautrin.

Je vous la donne. Vous êtes une infâme canaille, mon cher, un coupe-jarret politique. Vous devez vingt mille francs d'or à l'un de mes valets, vous vous nommez Charles Blondet, vous avez été l'intendant de la maison de Langeac, vous avez acheté le vicomte et vous ne l'avez pas payé (ce qui ne se fait pas). Vous l'avez fait fusiller à Saumur pour garder les biens qu'on vous avait confiés ; si Monseigneur le duc de Montsorel savait qui vous êtes, vous auriez à choisir entre trois agréables résidences royales où les lys fleurissent sur la chair, Brest, Toulon et Rochefort, ôtez vos moustaches, vos favoris, votre perruque, vos brochés, bonjour drôle34. Ah ! ça dis-moi mon vieux, comment tu as fait pour dévorer la fortune spirituellement acquise, elle a été colossale, où l'as-tu perdue ?

De Saint-Charles.

Dans les malheurs.

Vautrin.

On peut chanter aux intendants ce que l'on chante aux hannetons : vole, vole, vole, etc.

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