ACTE PREMIER
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1. L'édition originale porte en plus la distribution de la pièce. Les différents rôles étaient tenus dans l'ordre par MM. Eugène Gross, Yalmore, Eugène Pierron, Rousset, Saint-Léon, Senez, Derosselle, Bignon, L. Monrose, Rosambeau, Boileau (l'édition n'indique pas le nom de l'acteur qui jouait Carpano, serrurier, personnage muet), Worbel, Wamppa, Edouard, Félix Rosambeau, Eugène, Mmes Héléna Gaussin, Laurence et Berthauld.
Mais cette liste des personnages n'est pas sur le manuscrit. En revanche le folio 17 r° et v° est occupé par une Explication pour les personnages et leurs costumes, qui a été barrée. Voici le texte de cette note fort révélatrice sur les intentions de Balzac.
« Don Frégose est un vieux général qui sous Charles-Quint a fait les guerres d'Italie et y a fait fortune ; il est vieux, on lui a donné pour invalides le gouvernement de Catalogne et de Roussillon et il est fatalement tombé amoureux de Madame Faustina Brancadori. Son amour tient de celui de Don Quichotte, d'Arnolphe et de Tiberge. Il est capable de tout parce qu'il éprouve tous les sentiments réunis. Il n'est pas aimé, il s'en doute, et ne voudrait pas être trompé. Sa jalousie va jusqu'à la traîtrise, il est héroïque et enfant. Il est déjà ruiné ; il en est aux expédients comme un enfant de famille et Sarpi son secrétaire, Avaloros le banquier, l'exploitent. Son costume est celui d'un prince du temps, il a soixante six ans, il fait le coquet, le jeune homme.
Sarpi, vingt cinq ans, l'âme d'un filou, la portée d'un politique, fin, astucieux, vindicatif, impitoyable, jésuite, une espèce de Brigandin de la Maison en loterie, ayant des manières et voulant faire fortune. De riches souliers, un maillot violet, un haut-de-chausses violet à crevés oranges, un pourpoint jaune et noir, un manteau brun doublé de jaune, une fraise, un béret de velours noir déchiqueté avec une plume noire, moustaches, petite barbe de bouc, royale, les cheveux lisses et bouclés discrètement en rond par derrière.
Avaloros, quarante, gros et gras, l'insolence mieilleuse [sic] du riche qui se sent maître d'un vice-roi, bête et calculateur habile, ennuyé, courtisant Madame Brancadori. Toute sa toilette est en velours couleur d' [le mot manque] et or.
Lothundiaz, un Bartholo, une buse [cancellé], têtu comme un mulet, costume noir et rouge en drap, presque semblable, moins les bottes, à celui de Lablache dans les Puritains.
Fontanarès, le rôle est difficile en ce qu'il comporte beaucoup de teintes. Fontanarès a vingt six ans ; il est fou d'amour et fou de génie ; il est plus amoureux qu'inventeur, il a inventé pour obtenir sa maîtresse et s'il la perd, il sortira de son cœur un ambitieux qui veut beaucoup plus se venger d'avoir perdu son bonheur et qui veut sa place au soleil du pouvoir, qu'un savant, qu'un ami de l'humanité. Sa passion cache un peu d'égoïsme, il n'est pas aussi poétique qu'il en a l'air, puis la persécution, la misère, le but toujours manqué l'irritent ; il est tantôt calme et tantôt emporté. Cet homme, qui sent le monde à lui sans pouvoir le prendre, a quelque chose d'un souverain détrôné qui veut prendre sa revanche. L'acteur peut choisir dans les costumes du temps.
Quinola, costume modifié de Crispin du Légataire.
Faustina Brancadori, grande dame vénitienne, devenue presque courtisane, insouciante et chez qui l'amour conçu, ressenti pour la première fois,
absorbe tout. Elle est à la fois Madame (Je Mcrteiiil des Liaison* dangereuses, la marquise de B... de FauMas et la Courtisant cunoureuse de Lafontaine.
Elle a vingt cinq ans. Son costume Bfl Celui des femmes du teni|)s.
Les autres rôles sont des rôles grtmél qui se eoni|)rennent facilement. »
En ce qui concerne le costume de Ouinola nous connalMOni un autre document. La Revue d'Histoire du théâtre (1950, iv, p. ni;» a publié la reproduction d'une esquisse de costume d'Ernesl Seigneurgens, appartenant à ane collection particulière. Ce costume destine a Monrose est ainsi annoté: Chapeau liant de forme en feutre jaune, manteau noir à larges broderies. Justaucorps en drap vert, rayé vert plus foncé, manclies très larges en soie bleue, avec des bandes en laine jaune, garnies de galon d'or, un gros bouton d'or à la croisure des bandes jaunes, pourpoint en velours cramoisi. Maillot bleu. Bottes en cuir jaune doublé de rouge, entonnoirs extrêmement larges. Tout le costume doit être fait en charge. » Ce croquis porte en liant a droite la mention suivante de la main de Balzac : Quinola en Fontanarèserie. Bon. de Bc.
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2. La description du décor est plus détaillée sur le manuscrit (fol. 17).
« Au lever du rideau il fait encore nuit, mais le jour va poindre. Le tliéàtre représente à gauche du spectateur des maisons parmi lesquelles est celle de Lothundiaz qui fait encoignure de rue. A droite se trouve le palais OÙ loge madame Brancadori dont le balcon fait face au spectateur et tourne. Les jardins sont censés au bas du balcon afin qu'il puisse être peu élevé. On comprend que le port se trouve à droite du spectateur et qu'on peut sortir et entrer à l'angle de la maison de Lothundiaz. 11 ne serait pas inutile de laisser voir au fond une façade d'Église, à gauche et à droite quelques mats de vaisseaux. Ainsi pour le premier acte la scène est un vaste carrefour, débouchant sur le port. Le Balcon de Madame Faustine doit avoir une espèce de tente qui se voit en Italie et en Espagne. »
Cette note est rayée, mais en marge Balzac a noté : Bon.
3. Var. : enveloppé dans un manteau, sombrero on tète, appuyé sous le balcon