SCÈNE ONZIÈME
LES MÊMES, moins RAOUL et VAUTRIN.
La Duchesse de Christoval, à la duchesse de Montsorel.
Madame votre défiance à l'égard de Raoul contraste singulièrement avec l'intérêt que vous lui portez.
La Duchesse de Montsorel.
Je n'ai jamais changé d'avis, Madame, et le trouve le plus charmant jeune homme !
Inès, à part à sa mère.
Mon Dieu ! serais-je donc trompée ? ma mère... ne nous laissonsnous pas jouer par ces Montsorel.
La Duchesse de Christoval.
Vous excitez en nous d'étranges soupçons, Madame, parlez, quel intérêt portez-vous à Raoul ?
La Duchesse de Montsorel.
Raoul, Madame ?...
Inès.
Ah ! vous le nommez aussi Raoul, eh ! bien, Madame, gardez votre Raoul, je renonce à Raoul, Raoul est un monstre d'hypocrisie.
La Duchesse de Montsorel.
Mais non Inès... Ah ! j'espère bien que vous serez la femme de Raoul !
96 vautrin, i.
Inès.
Et Madame !... que lui êtes-vous donc, alors ?...
La Duchesse de Montsorel.
Je suis sa...
Sa ?...
Sa...
Inès.
La Duchesse de Christoval.
La Duchesse de Montsorel [, à part]
J'allais me perdre... (Haut.) Mes amies vous connaîtrez ou mon affreux malheur, ou ma félicité !... oui, je voudrais pouvoir le serrer contre mon cœur !... et j'envie à Inès le bonheur de pouvoir lui dire qu'elle l'aime !... [A part.] Oh ! pas un cœur où verser les angoisses de ces affreuses alternatives... je suis entre l'enfer et le paradis !... [Haut.] Enfin, écoutez, il n'est pas né au Mexique...
H parle espagnol, c'est sa langue maternelle.
La Duchesse de Montsorel.
Cela se peut... oui... Inès... vous me comblez de joie !... Ah !... il n'a pas appris l'espagnol... il le savait ! eh ! bien, on vous trompe...
Inès.
Cette femme me fascine... ma mère !...
La Duchesse de Montsorel.
Enfin... (A part.) Une mère peut s'humilier... (Haut.) Je vais vous en prier à genoux s'il le faut, Madame de Christoval. Inès, faites-moi avoir tous les actes qui concernent Raoul, je veux les examiner... on vous trompe... il a sa mère, elle n'est pas morte... elle est... (A part.) Oh ! je vais me perdre... (Haut.) Adieu !...