‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 96 sur 632 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

Vautrin.

Assassin, tais-toi... (Au duc.) Monseigneur, éloignez un moment tout ce monde.

Le Duc.

Comment, vous venez chez moi pour tuer mon fils, vous donnez des ordres ici ?...

Oh ! Monsieur, il est le maître... soyez bon pour lui, car sans lui vous auriez d'éternels regrets.

Vautrin.

Monsieur le duc, aimez-vous mieux que nous parlions du fils de Dona Mercedes que vous faites passer pour celui de Madame ?

Le Duc.

Taisez-vous.

Vautrin.

Vous voyez bien qu'il y a trop de monde ici, ce n'est pas moi, c'est la nécessité qui commande... voici mes armes... (Il s'adresse à Buteux et à Lafour aille.) En avez- vous, vous autres ?

Lafouraille.

J'ai ce stylet.

Buteux.

Et moi ce couteau.

Vautrin.

Nous sommes sans armes... et je ne veux vous dire que trois mots...

Le Duc.

Je ne veux pas les entendre.

La Duchesse.

Monsieur, cet homme tient mon fils Fernand entre ses mains et vous l'écouterez.

124 vautrin, i.

Le Duc.

Quelle alliance !...

Monsieur, l'homme dont vous vous êtes servi là... se nomme Charles Blondet, il a dévoré la maison de Langeac tout entière, il a trahi votre ami le vicomte de Langeac et au lieu de protéger sa fuite de l'Abbaye où il est resté prisonnier trois mois, il l'a fait fusiller à Saumur trois mois avant votre mariage ; saisissez-vous le sens de ces dates !... J'ai sur moi les actes et j'ai des témoins, car voici Philippe Boulard, le domestique de Monsieur de Langeac.

Le Duc.

Je suis anéanti...

La Duchesse.

Monsieur, je suis innocente !... je vous pardonne... mais quelle horrible preuve !... mort, tombé pour la cause royale... ô mon Dieu ! mettez-le parmi vos plus purs martyrs !...

Vautrin.

Déliez les mains à ces hommes, je réponds de leur conduite, nous sortirons d'ici sains et saufs avec des passe-ports en règle et de l'argent.

Lafouraille.

O grand homme !...

Vautrin.

Va le chercher !... (Au duc.) Je suis au fait de votre expédition de Sardaigne.

La Duchesse.

Ne lui dites rien... je le connais... il est généreux, il souffre en ce moment toutes les souffrances qu'il m'a imposées... au nom du Ciel, mon fils ! que je le voie, mon cœur se brise...

Vautrin.

Le mien est brisé, car l'ordre est donné de vous amener Raoul de Fres...

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