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Oeuvres completes de M. de Bonald

D'après une des lois providentielles qui régissent le monde, rarement les œuvres au-dessus de l'ordinaire se font sans contradictions plus ou moins fortes el nombreuses. Les Ateliers Catholiques ne pouvaient guère échapper à ce cachet divin de leur utilité. Tantôt on a nié leur existence ou leur importance ; antôt on a dit qu’ils étaient fermés où qu’ils allaient l'être. Cependant ils poursuivent leur carrière depuis 24 ans, et les productions qui en sortent deviennent de plus en plus graves et soignées : aussi paraît-il certain qu'à moins d'événements qu'aucune prudence bumaine ne saurait prévoir ni empêcher, ces Ateliers ne se fermeront que quand la Biblothèque du Clergé sera terminée en ses 2,000 volumes in-4°. Le passé paraît un sûr garant de l'avenir, pour ce qu’il y a à espérer ou à craindre. Cependant, parmi les calomnies auxquelles ils se sont trouvés en butte, il en est deux qui ont été continuellement répétées, parce qu'étant plus capitales, leur effet entrainait plus de conséquentes. De petits et ignares concurrents se sont done acharnés, par leur correspondance ou leurs voyageurs, à répéter partout que nos Editions étaient mal corrigées et mal imprimées. Ne pouvant attaquer le fond des Ouvrages, qui, pour la plupart, ne sont que les chefs-d'œuvre du Catholicisme reconnus pour tels dans tousles temps et dans tous les pays, il fallait bien se rejeter sur la forme dans ce qu’elle a de plus sérieux, la correction et l'impression; en effet, les chefs-d’œuvre même n'auraient qu'une demi-valeur, si le texte en était inexaëet ou illisible. - :

Il est très-vrai que, dans le principe, un succès inoui dans les fastes de Ja Typographie ayant forcé l'Editeur de recourir aux mécaniques, afin de marcher plus rapidement et de donner les ouvrages à moindre prix, quatre volumes du double Cours d’Ecriture sainte et de Théologie furent tirés avec la correction insuffisante donnée dans les imprimeries à presque tout ce qui s'édile; il est vrai aussi qu’un certain nombre d’autres volumes, appartenant à diverses Publications, furent imprimés ou trop noir ou trop blanc. Mais, depuis ces temps éloignés, les mécaniques ont cédé le travail aux presses à bras, et l'impression qui en sort, sans être du luxe, attendu que le luxe jurerait dans des ouvrages d’une telle nature, est parfaitement convenable sous tous les rapports. Quant à la correction, fl est de fait qu'elle n’a jamais été portée si loin dans aucune édition ancienne ou contemporaine. Et comment en serait-il autrement, après loutes les peines et toutes les dépenses que nous subissons pour arriver à purger nos épreuves de Loutes fautes? L'habitude, en typographie, même dans les meilleures maisons, est de ne corriger que deux épreuves et d’en conférer une troisième avec la seconde, sans avoir préparé en rien le manuscrit de l’auteur.

Dans les Ateliers Catholiques la différence est presque incommensurable. Au moyen de correcteurs blanchis sous le harnais et dont le coup d'œil typographique est sans pitié pour les fautes, on commence par préparer la copie d’un bout à l'autre sans en excepter un seul mot. On lit ensuite en première épreuve avec la copie ainsi préparée. On lit en seconde de la même manière, mais en coliationnant avec la première. On fait la même chose en tieree, en colla tionnant avec la seconde. On agit de même en quarte, en collationnant avec la tierce. On renouvelle la même opé ralion en quinte, eu collalionnant avec la quarte. Ces collationnements ont pour but de voir si aucune des fautes signalées au bureau par MM. les correcteurs, sur la marge des épreuves, n'a échappé à MM. les corrigeurs sur le marbre et le métal. Après ces cinq lectures entières contrôlées l’une par l’autre, et en dehors de la préparaticn ci-dessus mentionnée, vient une révision, et souvent il en vient deux ou trois; puis l'on cliche. Le clichage opéré, par conséquent la purelé du texte se trouvant immobilisée, on fait, âvec la copie, une nôuvelle lecture d’un bout de l'é preuve à l’autre, on se livre à une nouvelle révision, et le tirage n'arrive qu'après ces innombrables précautions.

- Aussiyatil à Montrouge des correcteurs de toutes les nations et en plus grand nombre que dans vingt-cinq imprimeries de Paris réunies | Aussi encore, la correction y coûte-t-elle autant que la composition, tandis qu'ailleurs elle ne coûte que le dixième ! Aussi enfin, bien que l’assertion puisse paraitre téméraire, l'exactitude obtenue par laut de frais et de soins, fait-elle que la plupart des Editions des Ateliers Catholiques laissent bien loin derrière elles celles même des célèbres Bénédictins Mabillon et Montfaueon et des célèbres Jésuites Pelau et Sirmond. Que l’on compare, en effet, n'importe quelles feuilles de leurs éditions avec celles des nôtres qui leur correspondent, en grec comme en latin, on se convainecra que l’invraisemblable est une réalité.

D'ailleurs, ces savants émihents, plus préoccupés du Sens des textes que de la partie tÿpographique et n’étant point correcteurs de profession, lisaient, non ce que porläient les épreuves, mais ce qui devait s'y trouver, leur haute intelligence suppléant äux fautes de l’édition. De plus les Bénédictins, comme les Jésuites, opéraient presque toujours sur des mañuscrits,.@ause perpétuelle de la mültiplicité des fautes, pendant que les Ateliers Catholiques, dont le propre est surtout de ressusciter la Tradition, n’opèrent le plus souvent que sur des imprimés.

Le R. P. De Buch, Jésuite Bollandiste de Bruxelles, nous écrivait, il y a quelque temps, n'avoir pu trouver en dix-huit mois d'étude, une seule faute dans notre Patrologie latine. M. Denzinger, professeur de Théologie à l’Universilé de Wurzbourg, et M. Reissmann, Vicaire Général de la même ville, nous mandaient, à la date du 19 juillet, n'avoir pu également surprendre une seule faute, soit dans le latin soit dans le grec de notre double Patrologie. Enfin, le savant P. Pitra, Bénédictin de Solesme, et M. Bonetty, directeur des Annales de philosophie chrétienne, mis au défi de nous convaincre d’une seule erreur typographique, ont été forcés d’avouer que nous n'avions pas trap présumé de notre parfaite correction. Dans le Clergé se trouvent de bons latinistes et de bons hellénistes, et, ce qui est plus rare, des hommes très-positifs et très-pratiques, eh bien ! nous leur promettons une prime de 25 centimes par chaque faute qu'its découvriront dans n’importe lequel de 5os volumes, surtout dans les grecs. :

Malgré ce qui précède, l'Editeur des Cours complets, sentant de plus en plus l'importance et même la nécessité éune correction parfaite pour qu'un ouvrage soit véritablement utile et estimable, se livre depuis plus d’un an, et est résolu de se livrer jasqu'à la fin à une opération longue, pénible et coûteuse, savoir, la révision entière et universelle de ses innombrables clichés. Ainsi chacun de ses volumes, au fur et à mesure qu’il les remet sous presse, est corrigé mot pour mot d'un bout à l’autre. Quarante hommes y sont ou y seront occupés pendant 10 ans, el une somme qui ne saurait être moindre d'un demi-million de francs est consacree à cet important contrôle. De cette manière, les Publications des Ateliers Catholiques, qui déjà se distinguaient entre toutes par la supériorité de leur correction, n'auront de rivales, sous ce rapport, dans aucun temps ni dans aucun pays; Car quel est l’éditeur qui pourrait et voudrait se livrer APRES COUP à des travaux si gigantesques et d'un prix si exorbitant ? Il faut certes être bien pénétré d’une vocation divine à cet effet, pour ne reculer ni devant la peine ni devant la dépense,

: surtout lorsque l’Europe savante proclame que jamais volumes n’ont été édités avec tant d'exactitude que ceux de Ja Bibliothèque universelle du Clergé. Le présent volume est du nombre de ceux révisés, et tous ceux qui le seront à l'avenir porteront cette note. En conséquence, pour juger les productions des Ateliers Catholiques sous le rapport de la correction, il ne faudra prendre que ceux qui porteront.en tête l'avis ici tracé. Nous ne reccnnaissons que cette édition et celles qui suivront sur nos planches de métal ainsi corrigées. On croyait autrefois que la stéréotxpie immobilisait les fautes, attendu qu’un cliché de métal n'est point élastique; pas du tout, il introduit la perfection, car on a trouvé le moyen de le corriger jasqu’à extinction de fautes. L'Hébreu à été revu par M. Drach, le Grec par des Grecs, le Latin et le Français par les premiers correcteurs de la capitale en ces langues. 3

Nous avons la consolation de pouvoir finir cet avis par les réflexions suivantes : Enfin, notre exemple a fini par èoranler les grandes publications en talie, en Allemagne, eu Belgique et en France, par les Canons grecs de Rome, le Gerdil de Nafles, le Saint Thomas de Parme, l'Encyclopedie religieuse de Munich, le recueil des déclarations des riles de Bruxelles, les Bollandistes, le Suarez et le Spicilége de Paris, Jusqu'ici, On n’avait su réimprimer que des ouvrages de courte haleine. Les in-4°, où s’engloutissent les in-folio, faisaient peur, et on n'osait y toucher, par crainte de se noyer dans ces abimes sans fond et sans rives; mais on à fini par se risquer à nous imiter. Bien plus, sous notre impulsion, d’autres Editeurs se préparent au Bullaire universel, aux Décisions de toutes les Congrégations, à une Biographie et à une Histoire générale, ete., ete. Malheureusement, la plupart des éditions déjà faites ou qui se font, sont sans autorité, parce qu'elles sont sans exactitude ; la correction semble en avoir été faile par des aveugles, soit qu’on n'en ait pas senti la gravité, soit qu'on ait reculé devant les frais; mais patience | une reproduelion correcte surgira bientôt, ne füt-ce qu'à la lumière des écoles qui se sont faites où qui se feront encore,

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