‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 141 sur 454 · XI' EXCLAMATION · texte numérisé non relu

XI' EXCLAMATION

Image effroyable de l'état d'une àme qui, au moment de la mort, se voit condamnée à des tourments éternels.

O mon Dieu, mon Dieu ! faites-moi miséricorde. Comment pourrai-je exprimer quelle est ma douleur lorsque je me représente l'état d'une âme, qui, s'étant vue dans le monde toujours considérée, toujours aimée, toujours servie, toujours respectée, toujours caressée, se verra au moment où elle sortira de cette vie, perdue sans ressource, et comprendra clairement que sa misère n'aura point de fin ; qu'il ne lui servira plus de rien de détourner son esprit des vérités de la foi, ainsi qu'elle a fait ici-bas; quand elle se verra séparée et comme arrachée de ses divertissements et de ses plaisirs dont elle n'avait pas seulement commenté à jouir, à ce qu'il lui semblera, et avec, raison, parce qu'en effet tout ce qui passe avec la vie n'est qu'une vapeur et un souffle; qu'elle se verra environnée de cette compagnie si hideuse et si cruelle avec laquelle elle doit souffrir éternellement; qu'elle se verra plongée dans un lac infect et plein de reptiles furieux, et enfin qu'elle sera comme abîmée dans cette horrible obscurité, où, n'ayant pour toute lumière qu'une flamme ténébreuse, elle ne verra que ce qui peut entretenir à jamais ses peines et ses tourments.

Oh ! que ce que je dis est peu en comparaison de cequ'ilen est! O Seigneur 1 etqui a donc tellement couvert de boue les yeux de cette âme, qu'elle n'ait point aperçu cet état funeste jusqu'au moment où elle y a été précipitée pour jamais? Qui a tellement bouché ses oreilles, qu'elle n'ait point entendu ce qu'on lui a dit mille et mille fois de la grandeur et de l'éternité de ces tourments ! O vie éternellement malheureuse ! O supplices sans fin et sans relâche ! est-il possible que ceux-là ne vous craignent point, qui craignent tellement les moindres incommo-

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dites du corps, qu'ilsne peuvent souffrir de (passer seulement une nuit dans un lit un peu dur ?

O Seigneur ! que je regrette le temps auquel je n'ai point compris ces vérités 1 Mais, puisque vous savez, mou Dieu, la douleur que je sens de voirie grand nombre de ceux qui ne veulent pas les entendre, faites au moins, je vous en conjure, que votre lumière éclaire quelque âme qui soit capable d'en éclairer beaucoup d'autres. Je ne vous demande pas, Seigneur, que vous le fassiez pour l'amour de moi, car j'en suis indigne ; mais je vous le demande par les mérites de votre Fils. Jetez, ô mon Dieu, les yeux sur ses plaies; et, puisqu'il les a pardonnées à ceux qui les lui ont faites, pardonnez-nous aussi les péchés que nous avons commis contre vous.

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