JUGEMENT SUR LES RICHESSES, CONFIRMA PAR LE TÉMOIGNAGE DE SAIOMON
Fidel, serm. cap. 3i.
Je ne crois pas qu'on puisse mieux qualifier les richesses qu'en les appelant le bagage de la vertu. Les richesses sont effectivement à la vertu ce que le bagage est à une armée, elles sont nécessaires comme le bagage; mais, comme lui, elles embarrassent la marche; et le soin qu'elles exigent pour les garder, fait souvent échapper la victoire. Tout l'usage, des grandes richesses ne consiste qu'à les répandre; le reste n'est qu'opiniosi. Salomon a dit : Où il y a beaucoup de richesses, il y a beaucoup de personnes qui lis consomment. Qu'a donc celui qui les possède de plus que celui qui ne les possède pas î sinon qu'il les contemple de ses yeux (Eccl., V, 10). On sait que la possession des richesses ne procure par elle-même aucun sentiment agréable à celui qui les possède , et il n'e^t aucun usage solide qu'il puisse en faire pour lui-même; le soin de les garder, le pouvoir de les donner, l'embarras de les distribuer, la réputation de les posséder, l'enflure de cœur qu'elles occasionnent encore, voilà ce qui les accompagne; et sont-ce là des avantages bien solides et propres à perfectionner l'homme ?
Pourrait-on regarder encore comme un emploi utile des richesses , l'acquisition de pierres précieuses et d'autres raretés de ce genre qui n'ont de prix que dans l'imagination 7 ou bien la confection de certains ouvrages aussi dispendieux que frivoles, dans lesquels on n'a en vue que l'ostentation? Ou dira peut-être qu'elles ont ce grand avantage de délivrer et de mettre a couvert des dangers et des calamités ceux qui les possèdent; que Salomon assure qu'c//es sont pour le riche une ville forte et un rempart élevé dans son imagination (Prou. X, 15); mais remarquez que Salomon dit : dans son ima-
(1) Voici comment l'analyste rend ce texte :
i Etudiez les contenances du vis:ige, il y a unu so-
< ciété « i*i i l'orme un peuple de politiques. Son granil i art est de pénétrer les hommes, du lire leurs pen-
< s-ées dans leurs regards : ils se l'ont de la modestie
< un jeu pour surprendre les secrets des cours el de:. « familles.) T. i, p. 194. Nous invitons à relire i<; texte <|ue nous avons littéralement traduit, et noui abandonnons le lecteur à ses réflexions.
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nination ; il ne dit pas dans la réalité: ot il est même incontestable que les richesses ont plus perdu de personnes qu'elles n'en ont
sauvé. , • • ,
N'ambitionnez pas de grandes richesses et n'en cherchez point qu'avec la volonté de les acquérir avec justice, de les dépenser avec modération, de les répandre avec joie et de les abandonner sans peine. Cependant n'en agissez point à leur égard comme un anachorète ou un homme qui aurait entièrement rompu avec le monde. Réglez-en seulement l'usage, et imitez ce Rabirius Posthumus, a qui Ciccron rend ce glorieux témoignage, que dans le soin qu'il avait d'augmenter sa fortune, on voyait bien qu'il cherchait , non à contenter l'avarice, niais à se procurer le moyen de satisfaire la bonté de son cœur. In studio rei ampli ficandœ apparebat non avaritiœ prœdam sed instrwnentum bonitati quœri. Ecoutez aussi Salomon, qui vous avertit de ne point trop vous empresser d'accumuler des richesses, sur ce principe, que celui qui se hâte de devenir riche , ne demeurera point innocent (Prov. XXVIII, 20).
Les poètes disent que Plutus , le dieu des richesses, quand il est envoyé par Jupiter, marche en boitant et à pas lents ; mais lorsqu'il est envoyé par Pluton, qu'il court avec une grande légèreté. Sans doute par là , ils veulent nous faire entendre que les richesses acquises par un travail honnête et des voies légitimes viennent lentement; mais que celles que nous acquérons par la mort des autres, comme par héritage ou par testament, arrivent tout à coup. Cette fable pourrait aussi lort bien s'entendre dans un autre sens, m prenant Pluton pour le démon; car les richesses viennent aussi par le démon , et viennent très-vite, lorsqu'elles sont le produit des crimes qu'il nous suggère, tels que les fraudes, les oppressions, les injustices.