‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 112 sur 347 · ACTE IV, SCÈNE VI. i6i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. i6i

G A R L O S , aperoevant ÉHnbeth.

La voici.

ELISABETH

C'est vous, prince, à cette heure, en ce lieu?

CARLOS

L'infortuné Carlos peut donc vous dire adieu ?

ELISABETH

Adieu?

CARLOS

Le Roi n'a point exaucé ma prière.

ELISABETH

Je le savais. La nuit, ce palais solitaire, Loin de vous à l'instant tout devrait me bannir : Mais je vois vos périls ; tout doit m'y retenir. C'est donc en fugitif que vous quittez l'Espagne?

CARLOS

Il le faut La nuit même.

ELISABETH

Et qui vous accompagne?

Qui veillera sur vous?

CARLOS

Suivi du seul Gomès.

ELISABETH

Imprudent ! Connaît-il vos funestes secrets ?

CARLOS

Mes secrets sont les siens : c'est un ami.

ELISABETH

Peut-être ; Mais souvent à la cour un ami cache un traître.

Œuvres pofthames. I. II

Il sait les noms de ceux que vous allez chercher?

, CARLOS

Il ignore les noms; j'ai dû les lui cacher.

£t vous abandonnez sans quelque répugnance Cette enceinte, témoin des jeux de votre enfance; Ces remparts où régnaient, où dorment vos aïeux, Où le premier soleil vint éclairer vos yeux. Où Ton vante aujourd'hui votre jeune courage !

CARLOS

Dites, si vous voulez m'accabler davantage. Ce palais où Carlos, enchaîné sous vos lois. Vous vit, vous entendit pour la première fois. Mais il est temps de fuir un roi qu'aigrit la plainte. Ah! si vous aviez vu sa froideur, sa contrainte; Comme il traitait Carlos respectueux , confîis ; De quel orgueil royal il enflait ses refus! En vain j'ai fait parler, et le doux nom de père. Et les malheurs d'un fils, et l'ombre de ma mère. Et mes pleurs supplians qui baignaient ses genoux... Que vous dirai-je enfin ? j'étais guidé par vous. Rien n'a vaincu son âme inflexible et farouche; Jamais le nom de fils n'est sorti de sa bouche. Jusqu'à quand ses dédains seront-ils impunis? Il n'est plus père ; et moi , je resterais son fils ! Pourquoi? Le seul Philippe, en son cœur sacrilège, D'étouffer la nature a-t-il le privilège ? Non. Je quitte ces lieux : ce n'est pas sans retour :

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