SCÈNE IL
CARLOS
Philippe, tu le veux , je suis libre aujourd'hui ; Je meurs sans le remords ; tu vivras avec lui : Tu vivras , mais chargé de mépris et de haine. Toi , qui ne m'entends plus, toi, malheureuse reine. Seul trésor, seul appui de Carlos opprimé. Tu me soutiens encor : j'entends: « Il est aimé ! » Que ne le disais-tu quand mon ame ravie Respirait les parfums du matin de la vie ! Rapide et sans retour, il n'aura point de soir.
Adieu, gloire, avenir, doux songes de Tespoir; Avant la fin du jour ma course est terminée... Non : puisque tu m aimas, j'ai rempli ma journée. Pour être aimé de toi j'ai tout sacrifié; Un mot fit mon malheur, un mot ma tout payé. A cet instant suprême il prête encor des charmes : Les amans, les guerriers me donneront des larmes; Ils diront, en pleurant l'infortuné Carlos: Aimé d'Elisabeth, il dut être un héros. Allons... C'est un moment ; c'est le dernier breuvage La tempête est finie , et je touche au rivage. Aimé d'Elisabeth , je brave le poison.
Elisabeth ! je meurs en prononçant ton nom. Si ta main généreuse eût fermé ma paupière ! Si j'avais pu te voir à mon heure dernière ! Entendre : « Il est aimé ! » Vain désir !