ACTE II, SCÈNE IIL aaS
L'or achetant le peuple et jusqu'aux sénateurs ; L'or nommant vos consuls, vos tribuns, vos questeurs. Citoyens sans amour pour la chose publique. Généraux éblouis du pouvoir despotique; La liberté mourante, et l'empire incertain Avec le glaive impie errant de main en main. A cinq lustres à peine ont succédé cinq lustres. Nos yeux, toujours frappés d'iniquités illustres. Ont vu Sylla, Carbon, Marins et Cinna, L'insolent Céthégus, l'ardent Catilina; Ils ont tous affecté l'autorité suprême; Et Crassus et Pompée y prétendaient eux-méme. Vous avez égorgé le seul qui pût régner; La blessure de Rome est encore à saigner; Rome vous blâme , et croit d'une si belle vie Avoir trop acheté sa liberté ravie.
Insensés ! l'édifice assiégé par le temps Veut un appui solide à ses vieux fondemens; Et le vaisseau pressé des vents et de l'orage. Sans un pilote habile est certain du naufrage. Pensez-y toutefois. Si César a vécu.
Vous n'avez pas dompté son génie invaincu; Aux revers de Caton dévoués par vous-même. Peut-être que ce jour est votre jour suprême. Nous vous désavouons, toi surtout, toi, Brutus, Toi qui du grand César connaissais les vertus, Toi que César aimait d'une amitié si tendre, A nos sages conseils toi qui crains de te rendre,
OEorres poitfaamet. I. I ^
336 BRUTUS ^T CÀSSIUS.
Nous plaignons tes fureurs et ton aveuglement; Ta généreuse main nous vengea lâdiement* Mais crains^.
BRUTUS
Je suis Brutus.
CASSIUS
Que parles-tu de cnundye bhutus.
Quoi ! vous portez des fers, et vous osez me plaindra Plaignez Rome, pleurez sur ses coupables fils, Qui, sous un joug doré mollement asservis, Ont du nom de Romains vendu le privilège. Et goûtent dans l'opprobre un bonheur sacrilège. Qu'ils reçoivent le prix qu'ils ont bien acheté; Que d'indignes trésors comblent leur lâcheté ; Du sein de leurs honneurs ou de leur infamie Qu'ils osent élever une voix ennemie ; Et, puisque nous avons servi Rome et les Dieux, Qu'ils accusent nos mains d'un forfait odieux. Si j'en crois leurs discours , Rome nous désavoue. A ton sort , ô Caton , leur haine nous dévoue ; £t moi je les dévoue à leur vile grandeur, Moi qui n'ai point terni ma première splendeur. J'ai vu la république aux factions livrée. Par ses propres enfans sans cesse déchirée, Nos droits anéantis , l'État près de périr. Témoin de tous ces maux, j'ai voulu les guérir: J'ai cru (jusqu'à ce jour espérance trop vaine! )