DE L'ÉDITEUR
LiBS ŒuTres posthumes de M. J. Chënierne le cèdent à ses autres Œuvres ni en importance ni en intérêt. Si dans les anciennes on remarque les tragédies de Fénélon, Charles IX y et Henri VIH^ V Epure a Voltaire ^ le Discours sur la Calomnie et les Nouveaux Saints y dans les nouyelles on trouve Tiiire , la Bataifiade , r Essai sur les principes des Arts y V Art poétique iP Horace, et le Tableau de la littérature,
TiUre est sans contredit le chef-d'œuvre tragique de Chénier. Dans aucune autre de ses pièces les caractères ne sont tracés avec autant d'art et de vérité; on n'y rencontre pas cette emphase de sentiments et d'opi* nions qui étouffe l'intérêt dramatique au lieu de le fortifier. Elle a surtout l'avantage de ne point porter la couleur des circonstances ; et c'est presque la seule qui pourrait être jouée dans tous les temps et dans tous les lieux. Qui croirait pourtant qu'elle n'a pu encore paraître sur notre scène ? On devait la représenter , il y a peu d'années: déjà les rAles étaient appris, et la représentation près d'être annoncée ; tout-à-coup elle est dé* fendue ! Cependant c'était après U chute de Buonaparte ;
(KoTres postluunes. I. 1
a AVERTISSEMENT
et le personnage de Tibère ne pouvait plus faire allusion. On peut en dire autant du personnage de Séjan; car on sait bien cpie nous n'avons point eu de ministre qui lui ait ressemblé, depuis le cardinal de Richelieu. Dans répoque actuelle, à la vérité, une grande émulation de. susceptibilité règne entre le public et lautorité : autant Tun est disposé à faire des applications, autant lautre est porté à en craindre , et habile à en trouver. On est presque tenté de s'étonner qu on donne encore sur nos théâtres des tragédies de Corneille et de Voltairel Les pièces de nos grands maîtres ne seraient point admises aujourd'hui, si elles paraissaient pour la première fob. Espérons qu'il viendra des temps plus &vorables aux productions dramatiques.
Z> Tableau de la Littérature^ de Chénier, est un des meilleurs ouvrages de critique que nous possédions. Tout resserré qu'il soit, il offre un ensemble digne des suffrages les plus éclairés, et servira long-temps de régulateur aux gens du monde et aux hommes de lettres tout à la fois. L'auteur n'a pu se défendre de quelque partialité à l'égard des écrivains contemporains ; mais on conviendra que la partialité était inévitable à cause de la grande division qui régnait dans les opinions politiques e% morales de 1 époque où il écrivait, division qui s'est renouvelée récemment parmi nous. Ses jugemens n'en sont pas moins justes et lumineux; et , si le cadre étroit où il fut obligé de les renfermer lui a interdit de longs développemens , leur vérité n en est pas moins bien établie : ils resteront comme des oracles plus sArs peut-être que ceux qu'a rendus dans son