SCÈNE IV
TIBÈRE, AGRIPPINE, ses trois fils, CITÉIUS,
CONSULS, SJÉITATEURS, POlfTIFEa , MAGISTRATS, GUERRIERS , * LICTEURS.
CNilUS.
Il lui reste son fils.
Tai porté , sénateurs , ma prière importune Aux amis qu'autrefois lui donnait la fortune. Hélas! j'ai recueilli leur stérile douleur: ^ Us bornent leur courage à plaindre son malbeur. Jusqu'ici la tribune ignore ma jeunesse; Mais l'amour filial soutiendra ma faiblesse. Vous savez que toujours les héros , vos aïeux , Dans l'image d'un père ont adoré les Dieux. Sur la base des mœurs un empire suprême Affermissait nos lois et la liberté même. Qu'un autre par la gloire ose leur ressembler; En piété du moins je puis les égaler.
Vous, de Germanicus épouse auguste et tendre, Que je crains, que j'implore, et qui saurez m*en tendre. Je vous prends pour modèle en repoussant vos coups: Vous adorez encor les cendres d'un époux; Voilà vos fils, les siens, et ceux de la patrie;
aya TIBÈRE.
Us sont chéris de vous, vous en êtes chérie; Mon père aussi mérite un fils reconnaissant* Je le vois malheureux ; je le crois innocent : Moi-même à son destin tout entier je me livre ; S'il gémit dans l'exil, trop heureux de le suivre, Comme il fut mon soutien, je serai son appui: S'il ne vit plus pour moi , je périrai pour lui.
TIBÈRE
On reconnaît Cnéius aux désirs qui l'animent. Il était loin d'un père , et les Romains l'estiment. Mais on peut l'accuser pour étouffer sa voix; Et vous savez alors ce qu'exigent les lois. Faut-il que sans témoins le sénat délibère?
AGRIPPIITE.
Si le fils de Pisou peut défendre son père !
La nature et les lois, tout a délibéré ;
C'est un droit : c'est bien plus, c'est un devoir sacréi
Quand j'attaque Pisou, Cnéius doit le défendre;
Quel tribunal humain pourrait ne pas l'entendre?
Il n'est point accusé. Souvent Germanicus
De ce jeune Romain m'annonça les vertus.
Un fils dénaturé, de biens, de honte avide,
Séranus, élevant une voix parricide.
Naguère obtint l'exil d'un père infortuné :
Les juges l'ont absous; les Dieux l'ont condamné;
Les mères, les vieillards à son aspect frémissent;
Mais aux enfans pieux les mères applaudissent ;