ACTE IV, SCENE IL
CNIÊIUS.
Un fils craint aisément pour un père qu'il aime. Souffrez que j'ose à vous me plaindre de vous-même.
TIBÈRE
De moi!
GNÉIUS.
De vous, César. La cause est en vos mains: C'est le sénat qui juge, et non pas les Romains. Que ne conservait-on ces formes respectées, Par les seuls criminels si long-temps redoutées? L'État n'est point à vous : il s'agit de l'État : C'est au peuple à juger d'un pareil attentat. Il répand les discours que la haine public, Les croit bientôt lui-même, et bientôt les oublie. Non , le cceur des Romains ne se fermerait pas Devant un sénateur blanchi dans les combats; D'un soldat vénérable, usé par les services, On aurait pu compter les nobles cicatrices. Loin d'élever ma voix contre Germanicus, J'aurais brigué l'honneur de vanter ses vertus ; On eût vu de mon père éclater l'innocence; Avec moi ses aïeux auraient pris sa défense; Et nous aurions trouvé des pères et des fils Que la crainte et l'orgueil n'ont jamais endurcis.
Y pensez-vous, Cnéius? cette imprudente audace Aurait de votre père assuré la disgrâce. Agrippine, étalant de fastueux débris.
3oo TIBÈRK
Devant le peuple entier voulait porter ses cris.
Près du peuple souvent, quand la haine dénonce,
La haine écoute encor, la haine encor prononce;
Tandis que le* sénat est,* pour un sénateur.
Un tribunal paisible et même protecteur.
Je promets l'équité : j'espère l'indulgence.
Adieu, rassurez-vous: Agrippine s'avance.
Votre aspect dans ces lieux peut aigrir ses douleurs;
Moi-même, en ce moment, j'éviterai ses pleurs:
Vos soutiens sont nos lois, votre cause, vous-même,
Le sénat qui la juge, et César qui vous aime.
(nioct.)