DE CYRUS. II
celles des mages à l'égard de Cyrus. Le grand prêtre parle du jeune héros, comme du souverain promis paroles Dieux étemels, et jure qu'au moment où il paraîtra les mages obéiront aux oracles qui l'ont annoncé ; c'est sous ces auspices que la fête séculaire du soleil et le triomphe d'Élénor vont être à-la-fois célébrés.
Élénor paraît devant le roi, les mages, les grands, et devant Mandane; il ordonne à ses guerriers la remise des dépouilles des eiinemis vaincus; mais, pour prix de sa victoire, il demande de conserver l'armure d'un héros qu'il a vengé, l'armure de Cambyse , qu'il a arrachée au Scythe qui venait de tuer le prince. Â la vue de ce glaive, Mandane éperdue se plaint qu'il ne soit pas entre les mains de son fils; mais elle-même le remet à Élénor, en recevant les sermens de sa fidélité, et les voeux qu'il fait pour le bonheur de l'Empire.
Memnon saisit cette occasion pour prononcer de nouveau le nom de Cyrus , pour le promettre au nom des IXeux, pour proclamer les hautes destinées qui l'attendent. Astyage se trouble, et la fin de la cérémonie le laisse en pcoie à une
agitation violente. Demeuré seul avec Elénor, il lui avoue ses terreurs , il a connu l'artifice d'Harpage, et ne s'en est point vengé; il sait que Cyrus -existe , et le redoute plus que jamais. Il invoque
la ANALYSE
' Éiénor contre Cyrus, demaDde au jeune héros la
tête ctu petit-fib qu'il proscrit; Éiénor frémit, ne promet que de désobéir, et conjure Harpage de Tarraclier à une odieuse cour.
Au troisième acte , Mandane interroge Éiénor sur le sort de Cyrus : aux lieux qu'il a parcourus en vainqueur, n'en a-t-il eu aucune nouvelle? Ce n<nn n'est -il jamais parvenu à son oreille? Malheureux lui-même, orphelin, et sans appui, Éiénor avoue que les malheurs de Cyrus et de Mandane sont parvenus jusqu'à lui; que son père, un pasteur... A ces mots, Mandane s'émeut, mais le pasteur se nommait Arbacès, et Mitradate n'est, comme Cyrus, connu d'Élénor, que de nom seulement; Mandane est donc forcée à imr plorer seulement la protection d'Élénor. Ce guer-
rier lui engage sa foi, et, en sa présence, déclare à Astyage qu'il est prêt à remplir ses ordres, mais alors seulement que ses ordres seront dignes de lui.
c Sûre d'Harpage, de Memnon et d'Élénor, la
mère de Cyrus tente un dernier e£Fort sur Astyage ; ses pleurs touchent enfin son père ; Astyage pardonne , eti^onsent que Cyrus le représente aux murs de Babylone , lorsqu'un vieillard paraît : c'est Mitradate, qui, long- temps compagnon de Cyrus, et veillant sur lui^ s'est tout -à -coup vu délaissé par le jeune héros, et qui, citant le té-
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moignage du Scythe et de Tannée, prétend que Gyrns est tombé sous les coups d'Élénor lui-même, et qu*Élénor a ravi l'armure que Cyrus avait reçue de Cambyse. Astyage abandonne le meurtrier à la vengeance d'une mère.
Au bruit de la déclaration de Mitradate, Élénor accusé se présente , et s'étonne que le soupçon puisse s'élever contre lui : par l'ordre même d'Harpage, il a combattu un Scythe meurtrier de Cambyse; ce Scythe pouvait-il être Cyrus? Mais Mandane , poursuivant à regret sa vengeance contre un guerrier dont les traits lui rappellent son époux, cite le témoignage de Mitradate lui-même. A ces mots , Élénor confondu ne peut plus qu'accuser le destin, et proteste de son innocence; il demande' la mort due à son erreur; il l'attend de Mandane elle-même; il la suppUe de frapper, lorsque Mitradate parait, reconnaît Cyrus, et le Eût reconnmtre à sa mère. Astyage interrompt cette scène, en venant insister sur le supplice d'Élénor. Harpage se déclare pour le guerrier, et, sans quitter le voile mystérieux dont il s'enveloppe, obtient qu'Élénor sera jugé devant le peuple, les grands et les mages , sur le témoignage de Mitradate lui-même.
Au cinquième acte , Harpage rassure Mandane tremblante sur le sort de son fils , sous quelque nom qu'il paraisse devant Astyage : il lui fait le
i4 ANALYSE .
détail de sa conduite et de son artifice, de ses desseins; il lui avoue que lui-même a séparé Cyrus de Mitradate, pour déconcerter Astyage dans ses recherches, et former la vaillance du jeune héros; que lui-même a fait courir le bruit de son trépas, et qu'il a mandé au même jour Élénor et Mitradate , pour faire reconnaître Cyrus. Ainsi s'expliquent le double changement de nom du vieillard et de Cyrus, la fuite de ce prince, ses exploits et son apparition à Ecbatane. Harpage promet d'accomplir son ouvrage, de sauver et de couronner Cyrus. De son côté , Memnou promet à Mandane la voix des oracles et l'appui du Ciel, lorsque des cris élancés de la place publique se font entendre. Mitradate accourt et les explique : en présence du peuple assemblé , Harpage , élevant la voix pour Elénor , a déclaré qu'il était Cyrus ; il a invoqué les témoignages et les sermens de Mitradate, et surtout les larmes de Mandane ; à ces mots , deux partis furieux prêts à en venir aux mains, allaient faire parler les Dieux pour Astyage ou son fils, lorsque Cyrus, s'élançant lui-même au-devant de ses ennemis, les a fait pâlir à l'aspect de son dévouement, et, à force de générosité , a désarmé la colère d' Astyage.
Bientôt , en effet, l'aïeul de Cyrus s'avance avec son fils : cédant à la voix du destin et aux vœux
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de l'empire, il dépose sur la tête du jeune héros une couronne trop chancelante sur la sienne.
On voit par cette analyse ce que l'auteur a pris dans l'histoire , quel historien il a suivi , et quelle hhle tragique déjà connue il à imitée; on voit qn'au merveilleux répandu par Hérodote sur les premières années de Cyrus, à l'histoire de sa proscription et des terreurs d'Astyage , l'auteur a cm devoir lier la situa^on de Mérope presque entière , et que cette imitation, s'étendant jusqu'au changement du nom du héros et du pasteur , jusqu'à la supposition du meurtre dont le héros est accusé, jusqu'aux moyens de reconnaissance entre Mérope et son fils , nons dirons même jusqu'aux détails de quelques parties du dialogue, n'a pu permettre au spectateur d'accorder au poète lô mérite de l'invention dans le sujet qu'il a traité.
Ce même spectateur a pu trouver aussi l'exposition un peu longue, quoique, chose à remarquer, le premier acte n'ait que deux scènes; il a pu s*étonner de voir cette exposition nécessairement reproduite à la fin du quatrième acte, et encore au commencement du cinquième, et accuser dès-lors l'ouvrage entier de manquer de clarté et d'une sage distribution. Ajouterons-nous qu'en imitant le sujet si intéressant de Mérope l'auteur ne nous semble pas lui avoir donné tout l'intérêt qu'il pouvait comporter. Il nY a d'inté- ,
t6 analyse
rét que là où il y a un péril certain^ évident, imminent; il n'y a d'action intéressante que là où se trouve un nœud fortement conçu , un obstacle que le spectateur doit croire invincible : or, dans CyruSy où est Timminence du péril , où est la force du nœud dramatique? Ce péril, ce nœud, existent dans Mérope et dans AthaUe; ils résul«tent du caractère de Poljrphonte et d'Athalie, de l'isolement d'Égiste , de la faiblesse des défenseurs de Joa& Ici Cyrus a pour lui la voix des Dieux , sa mère, le général de l'empire, le peuple et l'armée; contre lui, un monarque faible, irrésolu, qui conspire lui-même à sa perte, qui, dès le troisième acte, accordait le pardon de Cyrus. Le péril n'est donc qu'imaginaire, et il l'est d'autant plus que celui qui a fût mouvoir tous les fils de l'intrigue, qu'Harpage, qui abuse Astyage sur sa* situation , sans éclairer Cyrus sur la sienne , et qui tient en effet dans sa main les destinées de l'empire, n'a d'autre dessein que de détrôner Astyage, et de couronner le petit-fils de ce prince.
Ce caractère d'Harpage répand de l'obscurité sur l'ouvrage, et son ton mystérieux n'intéresse point. Astyage lui avait pardonné son artifice ; on n'aime point à voir le même guerrier abuser encore le monarque, et lui peindre comme un banni le successeur qu'il tient prêt à paraître. Cette dissimulation tient de la perfidie. I^es Dieux appellent
Gyrus, mais est-ce du vivant d'Astyage? Â cet égard ^ les oracles sont muets, et Memno9 est sans voix. Tout serait justifié peut-être, si raif^pur eut donné au caractère d'Astyage la couleur décidée que l'intérêt semblait commander, si Âstyage eût' été inflexible dans sa sévérité, dans sa haine ^ s'il n'eût point pardonné. Cela est si vrai , que Mandane, au cinquième acte, dit que ses larmes aarment pu tout réconcilier ^ et le dit au grand-prêtre « qui lui tient à-peu-près le discours par lequel Joad ranime le courage de Josabeth.
Cet ouvrage peut donc être reprochable sous le rapport du plan, de la conduite, et du défaut de liaison de quelques scènes ; mais on en aurait une idée bien fausse , si Ton croyait que l'on n'y trouve pas l'empreinte d'un grand talent et le cachet d'un génie tragique. Le style est partout remarquable par son élévation , son abondance , sa pompe et sa couleur locale. Cet ouvrage compte une foule de vers et de nombreuses tirades qui ne seraient point désavouées par les maîtres de l'art; seulement la nature du sujet et le lieu de la scène ont entraîné l'auteur à quelques répétitions , à l'emploi des mêmes figures, et à quelque prodigalité de sentences et de préceptes : le rôle de Mandane , écrit avec force, tombe quelquefois dans la déclamation , et fait languir des scènes que l'amour maternel devrait seul animer. Le rôle de Cyrus
Œavres Potthnines. I- 2
i8 ANALYSE DE GYRUS.
est aussi bien tracé que bien écrit; il est toujours noble , généreux, intéressant : celui d'Astyage est trop complètement sacrifié, pour que son style puisse être particulièrement caractérisé : Memnon a bien l'accent prophétique qui convient à son auguste ministère.
Parmi les tirades qui ont été le plus vivement applaudies, on doit remarquer la poétique invocation au dieu des Persans , les vœux que Cyrus exprime au nom du peuple , l'imitation de la prophétie de Daniel mise dans la bouche de Memnon^ la peinture du règne d'Astyage,
Craintif et sanguinaire.
Ignoré dans les camps où Ton meurt pour lui plaire;
les refus d'Elénor aux ordres d'Astyage , le récit du combat d'Elénor contre le Scjrthe , dont Élénor décrit ainsi la fin :
n tombe, fier encore , avide encor de gloire ; Ses regards expirans menaçaient ma victoira
Enfin le récit de Mitradate.
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PERSONNAGES-
CYRUS, appelé d'abord Élénor.
ASTYAGE , roi des Mèdes et des Persans. MANDANE, fille d'Astyage et mère de Cyrus. HARPAGE , général de l'empire.
MEMNON , grand-prétre du temple du Soleil. MITRADATE, pasteur.
JttAGBS.
Satrapes.
gub&bibrs.
Peuple.
Gardes d'Astyage.
La toêiw etC à Ecbaume , dans le tenpie dn Soleil.
TRAGEDIE
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