ACTE II, SCÈNE II
Levant jusqu'à mon tronc un œil usurpateur, Déchaîne contre moi ce prophète imposteur, Aveugle sur mon sort, sur le sort de Tempire, Mais non sur l'intérêt, le seul dieu qui l'inspire. Toi prophète! et comment l'as-tu pu devenir ?"' Depuis quand? où lis-tu? d'où sais-tu l'aTenir? . N'y peux-^tu découvrir que d'horribles présages? Quand l'aigle à voix humaine infestait ces rivages , Quand il fallait sauver un peuple gémissant, Pourquoi ton art divin restait-il impuissant?
TIBÉSIAS.
Tirésias, des Dieux révérant la puissance. Ne leur demande point raison de leur silence. Us vous ont à plaisir prodigué leurs faveurs Pour vous précipiter du sommet des grandeurs.
OEDIPF.
Je n'ai rien fait aux Dieux, et ma victoire est pure;^ J'employai le courage et non pas l'imposture ; Je n'interrogeai point un mortel inspiré. Ni le chant des oiseaux, ni le trépied sacré: Si le Ciel me frappait, où serait sa justice? Fuis auprès de Créon, va trouver ton compRce; Va: mais n'espérez pas de rester impunis; Vous vouliez me bannir, et vous serez bannis : Dans les secrets des Dieux voilà ce qu'il faut lire; Et, si je n'éps^rgnais ta vieillesse en délire. Cette main, te payant par un juste trépas, D'un vil agent du crime eût purgé mes états.
TIRESIAS.
Vos menaces n'ont rien qui doive me confondre. Vous régnez; cependant j'ai droit de votia répondre» Avoué par le ciel, et sujet d'ApoUoa, Quel ^espia pui$*je avoir de l'appui de Crépn ? Reprochez-moi la nuit qui couvre ma paupière; Si vos yeux ^nt encore ouverts à la lumière, Us sont fermés déjà sur vos calamités, Savez-vous bien quels lieux par vous aocit habités? Quelle épouse avec vous partage, la puissance? Savez-vous seulement qui vous donna naissance? Non, tout vous est cadié. Fléau de vos parens. De ceux qui ne sont plus, de ceux qui sont viyaas/ A leur voix, avec eux, on verra les furies, Unissant contre vous leurs mains de sang flétries. Vous chasser, vous vomir du trône et de ces lieux, Misérable , et privé de la clarté des cieux. Où ne parviendront pas vos sanglots lamentables? , Quel Cithéron bientôt, dans ses bois redoutables. Ne prolongera point les cris d'un malheureux Qui, se liant jadis par un hymen affreux. Sur le trône thébain fut jeté par l'orage , Et dont l'éclat trompeur n'est qu'un brillaut naufrage? Voyez- vous des enfers tous les maux amassés, Sur vous, sur vos enfans, tomber à flots pressés? Dites qu'avec Créon je suis d'intelligence; Préparez, consommez ime injuste vengeance: Avant vous nul mortel, exemple de douleur,